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Cannes


La ville de Cannes salue la mémoire de ses enfants tombés au front à travers un monument qui évoque les guerriers antiques. La composition représente en effet quatre combattants portant la Victoire triomphante sur un bouclier, tout comme étaient honorés les héros des temps anciens.

Malgré son éloignement de la zone des combats, Cannes est fortement impactée durant la Grande Guerre. L'économie de la ville est au ralenti tout comme pour l'ensemble de la Côte d'Azur. Les palaces de la Croisette ainsi que les nombreux complexes hôteliers de l'agglomération sont transformés en hôpitaux. Les blessés arrivent par trains entiers à Cannes qui ouvrira jusqu'à 2 000 lits. Ils occupent également les salons des casinos et terminent leur convalescence dans les jardins des luxueuses villas réquisitionnées par le Service de santé. L'effort maximum sera atteint en 1917, avec 3 180 blessés séjournant dans la ville cette année-là. À cette époque, Cannes compte une très importante communauté russe, au point qu'un vice-consulat y est installé. Durant toute la durée du conflit, ces résidents venant habituellement durant l'hiver, feront preuve d'une très grande générosité et d'un engagement sans faille pour aider les services sanitaires, même au lendemain de la Révolution de 1917, alors que nombres d'entre eux se retrouveront ruinés...


Érigé tardivement


Dès le début de la guerre, en novembre 1914, un carré du souvenir est inauguré dans le cimetière du Grand Jas, au nord-ouest de la ville, par le maire Louis Vial dont le fils avait été tué au front deux mois plus tôt. Le Capitaine Paul Coscioli, désigné comme délégué du Souvenir Français à Cannes, organise ensuite l'aménagement d'autres carrés militaires : carré de Verdun, de Champagne, Russe et de la Marne où une statue en bronze signée Victor Tuby est érigée. La paix revenue, la municipalité lance une grande souscription publique en vue d'ériger son monument aux morts. Un premier concours est organisé en juillet 1920, attribuant la réalisation du projet à deux locaux : l'architecte Lucien Stable et l'artiste Pierre Labbé. L'endroit initialement retenu pour l'installation est situé près de la gare, mais la mairie souhaitant finalement un autre lieu plus proche du centre-ville, un second concours est lancé en avril 1922, peu de temps après la Conférence diplomatique internationale qui s'est déroulée au Cercle nautique de Cannes début janvier. Cette fois-ci, le lauréat est un sculpteur et statuaire parisien, Albert Cheuret, connu pour avoir déjà réalisé plusieurs monuments, notamment à Douchy dans le Loiret et Saint-Satur dans le Cher. La délibération du Conseil municipal du 10 juillet 1925 décide que ce monument sera élevé sur la Promenade de la Pantiero, au niveau de l'Allée de la Mer (aujourd'hui Allée de la Liberté), faisant face à l'Hôtel de Ville et tournant le dos au port de plaisance.


Salués comme des héros antiques

L'inauguration a lieu à l'occasion des cérémonies de l'Armistice, le vendredi 11 novembre 1927, en présence du député-maire André Capron et du préfet des Alpes-Maritimes Armand Bernard. Dans le discours officiel, il est rappelé que « l'inauguration du Monument aux Morts, pour revêtir toute sa grandeur, doit être un pieux exemple de toutes nos aspirations pacifiques.» La sculpture en bronze réalisée par Cheuret prend place au dessus d'un important piédestal octogonal en pierre blanche. Sur sept des faces de ce socle, on trouve une plaque en bronze dans le sens de la hauteur et comprenant chacune 115 noms de Cannois morts pour la France. Les registres officiels font état de 623 disparus originaires de la ville de Cannes (pour environ 30 000 habitants en 1914) et les noms supplémentaires sont ceux des combattants tués durant la Seconde Guerre mondiale rajoutés par la suite. Précisons  que  420 militaires, décédés à Cannes de leurs blessures sur le front, sont également enterrés dans les différents carrés militaires de la ville. En haut de chaque côté du piédestal, le nom d'une bataille ou d'une zone de combat est inscrit : Somme, Yser, Marne, Orient, Alsace, Argonne, Verdun et Champagne, tandis que sur l'avant on trouve les armes de la ville et une Croix de guerre en bronze. Le groupe de la statue est composé de quatre combattants : deux fantassins, un marin et un aviateur qui portent triomphalement la Victoire ailée sur un grand bouclier appelé pavois. Cette dernière porte dans ses mains la couronne de laurier et les palmes dorées réservées aux héros. La scène rappelle les hommages que l'ont rendait aux guerriers dans l'histoire ancienne chez les Gaulois, les Mérovingiens et les Francs.


Un sculpteur rare

L'œuvre de l'artiste finalement choisi pour la réalisation de la sculpture en bronze du monument est assez sporadique. Malgré tout, il est devenu très réputé au fil du temps et plusieurs pièces signées de son nom figurent aujourd'hui dans des musées de toute l'Europe, tandis que sa cote est élevée lors des ventes aux enchères internationales. Né à Paris en 1884, Albert Cheuret (parfois orthographié Cheret) a combattu pendant la Première Guerre mondiale en tant qu'officier au 1er Régiment du Génie, dont le dépôt est alors basé à Montpellier. Il sera blessé à deux reprises, recevra la croix de Guerre et sera fait chevallier de la Légion d'honneur. Il débute sa formation artistique avec le sculpteur Georges Lemaire, puis avec Jacques Perrin, professeur aux Beaux-Arts de Paris. Auprès de celui-ci, il apprend l’art de la statuaire monumentale en travaillant sur les nombreuses commandes d'édifices commémoratifs érigés au lendemain du conflit. En 1921, il s'installe dans un atelier situé au 11, avenue Franco-Russe et expose régulièrement au Salon des Artistes français. En 1925, il participe à l’Exposition internationale des Arts décoratifs organisée à Paris où ses créations remportent un vif succès. À côté de son travail académique de statuaire monumental, Albert Cheuret se spécialise progressivement dans les objets d’ameublement et de décoration, mais aussi les luminaires dans le style Art Déco très à la mode à l'époque. C'est d'ailleurs dans ce registre que son nom devient célèbre alors qu'il exerce désormais dans son atelier de décoration situé 11, rue de la Tour d'Auvergne à Paris, où il s'éteint en 1966.



 
 
 

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