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Dantzig

Prévoir l'emplacement au niveau du chapo de la carte de situaion. Dimension : 9 cm X 9 cm

De nombreux Français étaient favorables à un rattacement pur et simple de Dantzig à la Pologne reconstituée, mais les Anglo-Saxons prirent en compte les inévitables sévères protestations allemandes et, selon le traité de Versailles, le territoire de la ville et son environnement immédiat, sur l’embouchure de la Vistule, tel que défini à l’article 100 du traité, est érigé en État autonome, « placée sous la protection de la Société des Nations » qui sera représentée par un Haut-Commissaire.

Il n’est pas prévu d’y organiser un plébiscite, mais d’y déployer une mission de protection afin de garantir son autonomie, tant à l’égard de l’Allemagne que de la Pologne. Peuplé d’environ 200 000 âmes dont moins de 10% de Polonais, il était pourtant énergiquement revendiqué par Varsovie. Cette solution, pour le moins originale en droit international, est retenue par les Alliés afin de garantir à Varsovie un accès « libre et sûr » à la mer.On peut d’ailleurs s’étonner que l’argument de l’accès à la mer, sans cesse mis en avant pour la Pologne, ne soit pas retenu, par exemple, pour l’Autriche ou la Hongrie issues des traités que l’on prive de tout débouché maritime.


Un haut-commissaire britannique faorable aux Allemands


Dès l’entrée en vigueur du traité de Versailles, la ville est placée sous la responsabilité de sir Reginald Tower, premier haut-commissaire désigné qui préfère d’abord prendre le titre de Temporary Administrator, ce qui laisse perplexes aussi bien ses collègues alliés que ses interlocuteurs locaux, allemands comme polonais. Il a pour adjoint le général Haking, qui commande les contingents alliés déployés à Dantzig, essentiellement un bataillon anglais et un gros bataillon français à sept compagnies issues des 10e et 3e bataillons de chasseurs, mais aussi à Allenstein.


Les Français ne sont pas encasernés dans la ville même mais à quelques kilomètres au nord pour assurer la sécurité du port, à l’embouchure de la Vistule, tout en restant capable d’intervenir éventuellement en renfort du bataillon anglais.Tower sait prendre rapidement des mesures, dans les domaines économiques, financiers et des approvisionnements, qui lui valent la relative sympathie d’une grande partie de la population, au point que l’on parle parfois à l’époque de « protectorat britannique ». Les premières impressions des Occidentaux, unanimement partagées, sont que la ville est indiscutablement allemande, même si elle ne peut vivre sans son arrière-pays polonais. Varsovie, d’ailleurs, va dans un premier temps jouer de cette possibilité de contrôler et éventuellement de limiter le ravitaillement de la ville libre, au risque de s’assurer l’hostilité de la majorité de la population.


Comme dans les autres territoires dont la responsabilité est confiée au Royaume-Uni, la communauté polonaise se plaint rapidement que le haut-commissaire britannique semble se montrer plutôt favorable aux Allemands et aux arguments de Berlin, ce dont le représentant français rend compte à Paris : « On lui reproche la partialité dont il fait preuve envers les éléments allemands, et la complaisance avec laquelle il accueillerait toutes les suggestions des fonctionnaires allemands qu’il a systématiquement gardés à la tête des différentes administrations de Dantzig … Enfin, on regrette que le haut-commissaire de l’Entente tolère la présence à Dantzig d’anciens officiers allemands qui sont des monarchistes avérés …, et à qui a été confiée la mission d’organiser la garde civique de Dantzig. On s’étonne que la police de Dantzig (Sicherheitsdienst) forme une véritable petite armée, qui n’admet dans ses rangs aucun dantzigois d’origine polonaise, et qui est en possession d’armes de toutes sortes, de grenades à main, d’avions et même d’un service de pigeons voyageurs ».


Un climat d'insécurité


Sir R. Tower est ultérieurement remplacé par l’italien Attolico, qui adoptera une attitude plus équilibrée entre les deux communautés.En dépit de l’existence de cette police armée, l’insécurité générale incite le vice-consul Guéritte à demander à Paris qu’un bâtiment de la flotte de la Baltique soit détaché dans le port de la ville libre. Il reçoit satisfaction et le croiseur cuirassé Gueydon, admis au service actif en 1903, vient soutenir de son artillerie embarquée le bataillon français.


Les chasseurs sont à plusieurs reprises, en particulier entre mars et août 1920, mis en alerte à l’occasion de manifestations révolutionnaires, hâtivement qualifiées de “spartakistes”, et doivent parfois intervenir pour le maintien de l’ordre, sans toutefois faire usage de leurs armes. De même, le détachement isolé chargé de protéger la gare de Deutsch-Eylau doit être replié successivement sur Marienburg puis sur Birschau. Pendant ce dernier déplacement, il est pillé par un groupe de nationalistes allemands, « qui prétend s’opposer à un prétendu envoi de ressources à la Pologne ». Avec la multiplication des incidents, deux petites compagnies du 21e BC.P. engagé à Memel sont temporairement déployées en renfort à partir du 23 août.


Plébiscite favorable à l'Allemagne


En mai 1920, les élections pour le parlement de Dantzig confirment les résultats du scrutin précédent, en décembre 1919. Les nationalistes allemands arrivent largement en tête avec près de 43 000 voix et 34 élus, suivis par les socialistes indépendants avec 27 400 voix et 21 sièges, tandis que les Polonais n’atteignent pas 9 500 voix et doivent se contenter de 7 sièges. À l’été, lorsque l’Armée rouge n’est plus qu’à quelques dizaines de kilomètres de Varsovie, les premiers voient dans les défaites polonaises « une brèche ouverte dans l’édifice du traité de Versailles … en ce qui concerne l’Europe orientale » et « l’on se flatte qu’avant la fin de l’année Dantzig fera à nouveau partie de la Prusse ».


Si l’agitation révolutionnaire se calme peu à peu, les manifestations pan-germanistes et anti-polonaises se multiplient et l’inquiétude augmente parmi la communauté française. Les mouvements syndicaux allemands, compliqués de l’opposition entre Français et Allemands autour du 14 juillet ou du 11 novembre par exemple, se durcissent parfois dans la zone portuaire, obligeant les chasseurs français à participer directement au déchargement de navires chargés de matériel militaire à destination de la Pologne, puis à les escorter jusqu’à la frontière.


Une situation fragile


L’Assemblée, qui tient sa première réunion solennelle le 14 juin, commence par travailler sur le projet de constitution de la « Ville libre et hanséatique », conformément à l’article 103 du traité : « La constitution de la ville libre de Dantzig sera élaborée, d’accord avec un haut-commissaire de la Société des nations, par des représentants de la ville libre régulièrement désignés ».Il est adopté en troisième lecture le 11 août sans que les amendements présentés par les Polonais n’aient été pris en compte, puis validé par le conseil de la Société des Nations le 17 novembre, tout en supprimant le mot « hanséatique » ajouté à l’appellation officielle de la ville. Cette constitution est désormais garantie par la SdN qui, pour assurer la défense du nouvel État, en charge la Pologne.


Le 7 décembre 1920, le Sénat (1) de Dantzig est élu par l’Assemblée, le Volkstag. Ses 22 membres appartiennent aux partis conservateurs et nationalistes pro-allemands qui « tourneront bien plus volontiers leurs regards du côté de Berlin que du côté de Varsovie ».Finalement, à Dantzig comme sur les autres territoires à plébiscite, la France se trouve généralement seule pour, à la fois, imposer le strict respect des clauses du traité de Versailles et soutenir les thèses polonaises, face à des Anglais généralement plutôt favorables aux positions de Berlin et à des Italiens qui soit restent indifférents, soit se rapprochent des choix britanniques. Les soldats français notamment, en garantissant le fonctionnement des installations portuaires et la libre circulation aussi bien par voie ferrée que sur la Vistule, ont permis de maintenir un flux d’approvisionnement en armes, munitions et matériels au bénéfice de la Pologne aux pires moments de la guerre polono-bolchevique.


L’expression d’une relative proximité entre Londres et Berlin prend parfois des détours étonnants, comme lorsque, à l’occasion de son discours pour la proclamation de la constitution définitive de la ville libre, le colonel Strutt, représentant militaire des Puissances alliées, affirme devant l’ensemble des élus de Dantzig, des hauts fonctionnaires et des officiers alliés que l’armée allemande est « l’armée la plus grande et la plus admirable que le monde ait jamais vue ». On imagine l’effet d’une telle déclaration sur les participants français, deux ans à peine après la signature de l’armistice.Finalement, la ville indiscutablement allemande et son hinterland polonais conserve jusqu’en 1939 son statut original de micro-État nominalement placé sous le protectorat diplomatique et militaire de la Pologne et sous la protection générale théorique de la Société des Nations. Mais sa situation fragile en fait un point de crispation des revendications du IIIe Reich.


(1) Le « Sénat » de Dantzig est en fait son gouvernement, composé autour du président de sept « sénateurs-fonctionnaires » (les ministres) et de 14 « sénateurs-parlementaires », représentants des élus.

 

 

 
 
 

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