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Deuxieme guerre des Balkans


La seconde guerre des Balkans


À la fin de la première guerre des Balkans, il semble que cette victoire sur le dos de l’Empire ottoman peut permettre aux royaumes chrétiens des Balkans de retrouver la paix et une stabilité. Il n’en est rien. La première guerre des Balkans était une guerre de libération ; la seconde fut une guerre de conquête.


Le traité de Londres ne fait qu’exacerber les dissensions nationales, notamment en Bulgarie. Ce ressentiment bulgare rend inévitable la guerre contre ses anciens alliés, Grecs et Serbes. Dès mai 1913, la Serbie comprend la menace bulgare et entame des négociations avec la Grèce, également préoccupée par l’irrédentisme de Sofia. Confiant en une armée moderne, dans ses cadres compétents et ses soldats aguerris, Ferdinand estime que seule la guerre peut résoudre définitivement ses différends.


Ferdinand déclenche les hostilités


Malgré la pression diplomatique russe et contre l’avis de ses ministres, qui savent que l’armée bulgare ne s’est pas remise de la première guerre balkanique, Ferdinand donne l’ordre d’attaquer les forces grecques et serbes en Macédoine. Dans le même temps, la Roumanie – restée neutre lors du premier conflit – le prévient qu’elle ne restera pas à l’écart d’une nouvelle guerre. Le Monténégro annonce qu’il soutiendra son allié serbe et, le 1er juin, face à la menace bulgare, la Grèce et la Serbie signent un traité de défense mutuelle.Rejointes par le Monténégro, la Grèce et la Serbie renforcent leurs positions en Macédoine et se préparent à la guerre ; déjà des incidents de frontière ont lieu. Le roi Ferdinand est le plus audacieux et ordonne à son armée de commencer les hostilités, le 16 juin 1913. Sans déclaration de guerre, les armées bulgares se lancent à l’attaque. Le chef du gouvernement bulgare, Stoyan Danev, qui n’a pas eu vent des ordres de Ferdinand à l’état-major, tente d’arrêter l’engrenage infernal et limoge le général Savov, que Ferdinand remplace par le général Dimitrev. Malgré les ordres et les contre-ordres, dans la confusion, sans effet de surprise, les Bulgares engagent leurs cinq armées de 500 000 hommes, lourdement appuyés par 1 116 bouches à feu. Ils affrontent en Macédoine neuf divisions grecques d’un total de 121 000 soldats, ainsi que les 300 000 hommes des 1re, 2e et 3e armées serbes.« Malgré son allure un peu lourde, la physionomie du soldat bulgare reflète l’intelligence et la vivacité. Discipliné et résistant, il est habile à utiliser le terrain […] l’armée bulgare bien entraînée, bien équipée, bien commandée constitue une puissance militaire imposante, comme l’a montré son offensive impétueuse et brillante contre la Turquie » (1) en 1913.


Ferdinand espère surprendre les Grecs et les Serbes. Toutefois, au lieu de rassembler ses forces, il les disperse, de Thessalonique à Vidin. Du nord au sud, sur la frontière serbe, les Bulgares alignent les 1re, 3e, 5e et 4e armées ; au sud, la 2e armée attaque les Grecs autour de Salonique. La 2e armée bulgare (108 000 hommes) défend la ligne Kilkis-Lahanas contre une armée grecque de 177 860 hommes. Mais dans le chaos, seules les 4e et 2e armées reçoivent d’ordre de passer à l’attaque. Or l’armée bulgare n’est pas prête pour une nouvelle guerre. Les soldats sont épuisés par le précédent conflit et l’économie bulgare n’est pas capable de les armer, ravitailler, nourrir.


Les défaites de l'armée bulgare


Les 21 et 23 juin, les armées bulgares, à Kilkiss puis à Dojran, subissent deux lourdes défaites face aux troupes du roi Constantin de Grèce. Après deux semaines de combats, le Monténégro rejoint la guerre contre la Bulgarie et, dès le 5 juillet, la Roumanie mobilise 420 000 soldats, comprenant qu’elle a l’opportunité de réaliser son projet de récupérer la Dobroudja du Sud.


Dans le sud de la Macédoine, près de Chtip, du 1er juillet au 4 juillet, les 1re et 3e armées serbes infligent de lourdes pertes à la 4e armée bulgare et l’obligent à repasser la Bregalnica. Cette sanglante bataille coûte 20 000 tués et blessés aux Serbes et 30 000 tués, blessés et prisonniers aux Bulgares. Le projet bulgare de détruire les armées serbes en se lançant en direction de l’Adriatique à la jonction serbo-grecque est un échec. Les défaites s’enchaînent pour Ferdinand puisque l’armée de Constantin vainc la 2e armée bulgare du général Ivanov, à Kilkis, le 4 juillet. Les Bulgares sont rejetés d’une grande partie du sud-est de la Macédoine. Profitant du chaos dans les lignes bulgares, les Grecs prennent Salonique. Les Bulgares doivent alors se replier derrière la frontière méridionale d’avant-guerre. Le 12 juillet, les Grecs prennent contact avec les Serbes. Constantin veut en finir avec Ferdinand : il ordonne à son armée de marcher au nord et d’entrer en Bulgarie.Le 10 juillet, la Roumanie déclare la guerre à la Bulgarie et entre en guerre le 14. Dans la nuit du 14 au 15, le gros de l’armée avec ses 250 000 hommes franchit le Danube à Oryahovo, Gigen et Nikopol. Ne rencontrant aucune résistance, l’armée poursuit sa progression sur deux axes : l’un vers l’est, et l’autre vers le sud en direction de Sofia. Le 20 juillet, les Roumains prennent Vratsa, ville à moins de 100 kilomètres de la capitale bulgare. L’aviation militaire roumaine survole Sofia pour larguer des tracts appelant à la reddition. Cependant, le choléra décime les rangs roumains et fait 6 000 victimes.


Des armées épuisées


Comprenant qu’il y a là une occasion de récupérer une partie du territoire perdu, en particulier Andrinople, les Ottomans déclarent à leur tour la guerre à la Bulgarie le 12 juillet : leurs troupes avancent en Thrace et prennent sans coup férir Andrinople le 22 juillet. La Bulgarie est envahie sur ses trois frontières terrestres. Ferdinand est pris à son propre piège.


Le 18 juillet, des unités de la 3e armée serbe, avec le soutien des Monténégrins, attaquent les défenses de la 4e armée bulgare près du lac de Kalimantsi, en Macédoine du nord, mais sont repoussées. Cette victoire défensive des Bulgares empêche une invasion serbe et leur permet de transférer des troupes vers le sud pour contenir l’armée grecque. Ce rare succès bulgare durcit aussi la détermination de Sofia à continuer à résister. Les armées bulgares qui repassé leur frontière d’avant-guerre retrouvent leurs bases. Elles sont en mesure de se retourner pour faire face aux troupes grecques qui les poursuivent, mais sont fatiguées et dont les lignes logistiques sont maintenant trop distendues. Le 29 juillet, les Bulgares piègent les Grecs dans un défilé étroit, les gorges de Kresna. Le roi Constantin exige la poursuite de la guerre, mais doit constater l’épuisement de son armée, comme le sont les troupes serbes et bulgares.Si les politiques, Ferdinand fort du succès de Kresna, comme Constantin, souhaitaient continuer la guerre, c’est finalement, faute de combattants, qu’un armistice est conclu le 31 juillet.


Un traité qui ne satisfait personne


Bien que beaucoup plus courte que la Première, la seconde guerre des Balkans n’en est pas moins coûteuse. La Bulgarie subit 93 000 morts et blessés supplémentaires ; la Serbie, 9 000 morts et 36 000 blessés ; la Grèce, 5 851 tués et 23 847 blessés ; le Monténégro, 1 200 tués et blessés. Pendant ces deux guerres, le choléra et le typhus ont été responsables de lourdes pertes (126 000 victimes) parmi les belligérants. Des combats de basse intensité vont se poursuivre dans les régions d’Albanie, le Kosovo et la Macédoine par des Albanais et des Bulgares contre la nouvelle occupation serbe, respectivement jusqu’à l’automne 1913 et le printemps 1914.Pour la Bulgarie, la défaite est humiliante. En quelques mois, la Bulgarie connaît « les ivresses du triomphe » et « l’amertume de la défaite, la honte du drapeau blanc et la reddition ». Elle avait presque réalisé son désir national si longtemps espéré, avec la constitution d’une nouvelle « Grande Bulgarie », celle du traité de de San Stefano. Or, en 1913, elle perd une grande partie du territoire acquis lors de la première guerre des Balkans.


Les négociations de paix sont rondement menées, puisque dès le 10 août, le traité de Bucarest est conclu. Mais ce traité n’est considéré par aucun des signataires comme définitif ; il n’est qu’un cessez-le-feu puisqu’aucun des différends entre les adversaires n’y est réglé. Conformément aux positions militaires sur le terrain, la Serbie reçoit la Macédoine du nord et du centre, et la Grèce l’Épire et la Macédoine maritime. Ce que l’Autriche-Hongrie voit d’un mauvais œil. La Roumanie reçoit le sud de la Dobroudja. Il ne reste à la Bulgarie qu’une partie réduite du massif du Rhodopes, la Thrace centrale avec un accès à la mer Égée et la Macédoine du Pirin (orientale). Un million de Bulgares ne peuvent rejoindre la mère-patrie. Quant à l’Albanie, l’Italie et l’Autriche-Hongrie imposent son indépendance. Mais le pays reste divisé et une bonne partie des Albanais continuent de regarder vers la Turquie.Les vainqueurs des guerres balkaniques conquièrent de nouveaux territoires et agrandissent leurs populations. La Grèce gagne une superficie de 68% de leur territoire initial et les Monténégrins de 62% ; La Serbie double son territoire et la Roumanie 5%. La Bulgarie – bien que perdante de la seconde guerre – réalise un gain de 16% par rapport à son territoire d’avant 1912. Toutefois, ces États combattants ne sont pas satisfaits et leurs frustrations, leurs aspirations rivales et concurrentes restent d’actualité.Le 16 septembre 1913, la Bulgarie et la Turquie signent un traité de paix séparé, par lequel la Sublime Porte officialise sa réoccupation de la Thrace orientale et Andrinople ; mince consolation pour les Turcs qui ont perdu à jamais la grande partie des territoires perdus et dont les guerres de Tripolitaine et balkaniques ont coûté 250 000 tués, blessés et prisonniers.Le 8 décembre, la démobilisation bulgare est terminée et l’armée retrouve ses effectifs du temps de paix avec 66 887 hommes, dont 27 813 occupent les nouveaux territoires. La participation de la Bulgarie aux deux guerres balkaniques fragilise une économie encore agricole et un budget national déjà mal en point. La défaite attise le nationalisme, en particulier lorsque les Bulgares constatent que leurs frères des Macédoines serbe et grecque sont opprimés par les nouvelles autorités et sont contraints d’accueillir 250 000 réfugiés.


Massacres et crimes


Les guerres balkaniques, et notamment la seconde, sont accompagnées de massacres, de

pillages et d’incendies de villages et de villes, de conversions forcées et de vagues de déportés et de réfugiés. Parce que les populations de Macédoine sont très mélangées, chaque armée met en place, lors de l’occupation, un climat de terreur, l’assimilation et la conversion forcées, des déportations accompagnées de massacres. En réalité, toutes les parties sont coupables d’avoir commis des crimes de guerre contre les populations, qu’elles fussent mises en œuvre par les troupes régulières, les irréguliers, les populations locales, qu’elles fissent ou non partie d’une politique étatique de « purification ethnique ». Néanmoins, les crimes des troupes bulgares en Thrace pendant la première guerre balkanique sont particulièrement nombreux contre les Ottomans. Il s’agit de se venger des massacres de la fin du XIXe siècle en expulsant par la force la population « ennemie » et de détruire sa culture. Le comportement des soldats s’inscrit dans le schéma typique de violence contre les civils. Dans les Rhodopes, de nombreux villages sont incendiés parce qu’après leur occupation par les Bulgares, les villageois sont restés en contact avec l’armée ottomane.

(1) Aux pays balkaniques, Monténégro, Serbie, Bulgarie, Alphonse Muzet, Pierre Roger et Cie Éditeurs.


 

 

 
 
 

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