Guillaumat
- Rose Hareux
- Jul 10, 2024
- 13 min read
Né en 1863, Guillaumat entre et sort major de sa promotion Saint Cyr (promotion Les Pavillons noirs 1882-1884) et, ayant choisi l’infanterie, prend le 65e R.I. à Nantes. Il sert ensuite en Algérie au sein d’une brigade topographique, puis en Tunisie en 1893. Promu capitaine, il commande alors le nouveau fort de Douaumont, puis affecté à la Légion étrangère, il rejoint le 2e Étranger en Algérie avant d’être dirigé vers l’Extrême-Orient, à Hanoï, où, en 1897, il prend les fonctions de chef du bureau « Renseignement » du commandant supérieur des troupes françaises. Début 1900, Paul Doumer, gouverneur général envoie Guillaumat en Chine pour se renseigner sur les agissements britanniques. A Shanghaï, il tombe en pleine révolte des boxers et reçoit alors l’ordre de se mettre à la disposition du consul de France de Tien Tsin qu’il rejoint en s’intégrant à une colonne russo-allemande. Guillaumat est alors chargé par le consul du commandement du petit détachement de marins chargé de la défense de la concession. Guillaumat s’en acquitte, mais est blessé au bras, ce qui lui vaut d’être évacué sur le Japon. Il regagne Paris en 1901 où il est promu chef de bataillon et fait chevalier de la Légion d’honneur.
Guillaumat est alors affecté à Saint Cyr comme professeur d’histoire, où il prépare activement l’École de Guerre, ce qu’il n’avait pu faire durant ses séjours outre-mer. Il y est reçu, en sort breveté et, à l’issue, revient à l’École de Guerre en 1907 comme successeur de Pétain au poste envié de professeur de tactique d’infanterie où son enseignement ne passe pas inaperçu : il est en effet écarté de l’École par son commandant, le général Maunoury, qui le remet à la disposition de son arme avec cette notation fort peu flatteuse : « […] n’a pas paru posséder les aptitudes toutes spéciales nécessaires à cet emploi [...] » (1) et Maunoury fait à nouveau appel à Pétain, dont l’enseignement avait laissé un excellent souvenir à l’École. Cet incident est à l’origine de la grave mésentente qui perdurera entre Pétain et Guillaumat durant toute la guerre.Guillaumat est d’autant plus furieux que le commandement le place sur une voie de garage, le commandement du Prytanée militaire de la Flèche qui relève plus du « placard doré » que d’une catapulte vers les étoiles. Il en redresse néanmoins les résultats et s’attire des notes élogieuses de la part de Sarrail, alors directeur de l’Infanterie (2):« […] il vivifie cette institution surannée et a réussi dans son commandement au-delà de toute espérance. Le Prytanée a fourni le n°1 de Saint-Cyr et a eu 21 reçus sur 28. Au baccalauréat, même succès. »En septembre 1910, Guillaumat se voit confier le commandement du 5e régiment d’infanterie à Paris et s’attire une nouvelle fois des notes élogieuses (3) :« Mis à la tête du 5e R.I. désorganisé par son prédécesseur, pour rétablir dans ce régiment l’ordre, la discipline et le goût de servir, le colonel Guillaumat obtient en un an des résultats remarquables. […] Ferme sans rigueur, sachant ce qu’il faut demander, a donné en peu de temps une allure à son régiment et aura vite fait d’en faire un des meilleurs corps de la garnison de Paris. »En 1913, à l’issue de son temps de commandement, il est nommé directeur de l’Infanterie par Étienne, alors ministre de la Guerre. Dans ce poste, il succède à Sarrail envers lequel il conservera toujours de réels liens d’estime. Ayant la haute main sur les promotions d’officiers de son arme et ayant en charge la préparation de la liste d’aptitude des colonels d’infanterie au grade d’officier général, il s’y opposera à l’inscription du colonel Pétain. Il est lui-même nommé général fin 1913. En juin 1914, lors de la constitution du gouvernement Viviani, le nouveau ministre de la Guerre, Messimy, fait appel à lui pour diriger son cabinet militaire. Dans ces fonctions de premier plan, Guillaumat va vivre la crise diplomatique de juillet 1914, la mobilisation et l’échec des batailles des frontières. Ayant demandé un commandement dans la troupe, il reçoit le commandement par intérim de la 33e D.I. fin août 1914.
Couvert d'éloges
A la tête de cette division qui a subi de lourdes pertes aux frontières, il retraite jusqu’à l’Aube et participer à la bataille de la Marne, puis à la poursuite jusqu’en Champagne, au sein de la 4e armée. Puis, en décembre, promu général de division à titre temporaire (4), Guillaumat reçoit le commandement en titre de la 4e D.I. en Argonne.Dès le 25 février, Guillaumat se voit confier le commandement du 1er C.A. à la tête duquel il participe au cours du premier semestre 1915 à l’offensive de la 4e armée en Champagne où le général de Langle lui décerne une citation élogieuse (5) :« A énergiquement commandé une division en Champagne et une deuxième en Argonne en 1914 – 1915. Est revenu en Champagne à la tête d’un corps d’armée qui, sous sa direction aussi habile que ferme, a brillamment contribué au succès des attaques d’hiver en 1915. A su donner aux troupes sous ses ordres une vigoureuse impulsion et les rendre aptes à l’offensive. »Puis, il rejoint au printemps le détachement d'armée Gérard au sein duquel il est engagé dans les malheureuses affaires de la Woëvre et de la réduction du saillant de Saint-Mihiel qui se soldent par l'échec des Éparges. Son corps d’armée est ensuite transféré dans le secteur de Berry-au-Bac, sur l’Aisne où il séjourne une dizaine de mois, apprenant la guerre des mines, mais également le rôle nouveau joué par l’aviation.À la mi-février 1916, le 1er C.A. est transféré dans le secteur de Verdun où il se déploie sur la rive gauche et où, en liaison avec le 20e C.A. du général Balfourier, il subit et contient les premiers assauts allemands. Le général Guillaumat y contient l’offensive pendant 40 jours en résistant à toutes les attaques sans se laisser entamer. Il est cité dans les termes suivants (6) :« A amené ses troupes sur le front de Verdun dans un état de préparation remarquable. Pendant que la 2e division déployait dans ses attaques et contre-attaques une énergie digne des plus grands éloges, la 1re division procédait, pendant quarante jours à une installation méthodique, sous un bombardement effroyable, repoussait plusieurs assauts, sans se laisser détourner de sa mission. »
Il est alors élevé à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur. Quelques mois plus tard, en juillet, c’est dans une manœuvre offensive que Guillaumat fait ses preuves, lors de l’offensive de la Somme, à laquelle il participe à l’extrême gauche du dispositif français, en liaison avec les Britanniques. Le 8 septembre, il enlève les villages de Maurepas, Frégicourt et Combles. Le général Guillaumat y est à nouveau cité (7) :« Commandant de corps d’armée de grande valeur, qui s’est distingué par la précision méthodique de ses préparations et par la vigueur de ses attaques. Vient d’obtenir de son corps d’armée, dans un secteur difficile, un effort remarquable et soutenu qui a été couronné par d’importants succès ».
L'inimitié avec Fayolle
À cette occasion, il est placé sous les ordres du général Fayolle, commandant la 6e armée envers lequel Guillaumat ne nourrit pas des sentiments d’estime particulière : lorsque Fayolle s’est vu confier le commandement d’une armée, Guillaumat écrit à son épouse (8) :« […] C’est tout de même flatteur pour les 110 divisionnaires de l’armée active, qu’ont ait allé chercher pour commander une armée un général de brigade à la retraite. »Transparaît ici l’ambition de Guillaumat, qui, depuis qu’il était sorti major de Saint-Cyr, se savait promis à un brillant avenir. De fait, à la mobilisation, Fayolle était en deuxième section depuis mai 1914, et a été rappelé pour commander une brigade. Très rapidement, il a pris le commandement d’une division, puis a succédé à Pétain au 33e C.A. avant de se voir confier le commandement d’une armée. Dans toutes ses lettres quotidiennes à son épouse, le nom de Fayolle n’apparaît jamais, le général Guillaumat, utilisant le terme, peu élégant, de « baderne » pour parler de son supérieur hiérarchique direct. Pas dupe, Fayolle lui rendait bien son inimitié.
En novembre 1916, alors que le général Nivelle accède au commandement en chef, c'est Guillaumat qui lui succède à la tête de la 2e armée, dans le secteur de Verdun où il se distingue par la reprise du Mort-Homme et de la cote 304 au cours de l’été 1917, réalisées selon les prescriptions des offensives à objectif limité de Pétain. Cette première offensive devait avoir valeur de test et Pétain voulait faire la démonstration que l’armée française avait recouvré sa valeur combative. C’est un succès, mais Fayolle, son supérieur direct au G.A.C. lui reproche sa parfaite maîtrise des outils de communication à son unique profit (9) :« 30 août : Stupéfaction ! Mon nom ne figure pas dans le communiqué relatif aux cérémonies d’hier. Guillaumat a fait là un coup de maître.2 septembre : Pétain attend à plusieurs reprises que je me plaigne de Guillaumat. Je n’en fais rien.9 septembre : Je soupçonne qu’il y a du bluff dans les comptes rendus de Guillaumat. Ce Guillaumat est féroce dans son habileté. Après m’avoir supprimé dans les comptes- endus, il me supprime dans les photos. Je n’existe plus. Et il a un toupet ! Le jour de la revue du Président, il est monté sans me demander l’autorisation dans mon auto, pour se rapprocher, disait-il cyniquement de la tête du cortège. »En septembre, fort des succès remportés, Guillaumat souhaite reprendre l’attaque, mais Fayolle, appliquant les directives de Pétain et refusant de prendre le risque de se lancer dans des opérations d’usure, le lui interdit, l’objectif – limité – prescrit ayant été atteint.
À la tête de l'armée d'Orient
En novembre 1917, tandis que Sarrail qui entretient des relations détestables avec les généraux alliés à Salonique et empiète manifestement sur l’exercice de la souveraineté grecque est relevé de son commandement de l'armée d'Orient par Clemenceau fraîchement parvenu au pouvoir, c'est Guillaumat qui lui succède, tandis que le général Henrys est nommé commandant de l’armée française d’Orient (A.F.O.). Au moment de sa désignation, Guillaumat reçoit des directives précises de la part du chef du Gouvernement, à savoir le maintien d’une posture défensive. Il lui est demandé d’expédier au plus tôt au ministre de la Guerre un plan d’action sur les bases suivantes : maintien de l’intégrité du front depuis les rives de la mer Égée jusqu’aux lacs albanais, c'est-à-dire la couverture globale de la Grèce et non pas seulement celle du camp retranché de Salonique, document que Guillaumat transmet le 25 février 1918. Il y préconise, sous réserve de l’affectation des personnels qualifiés nécessaires, la constitution d’un état-major interallié pour l’assister dans sa tâche de commandant de théâtre, distinct de celui d’une armée française à trois corps d’armée ainsi que les commandements d’armes et de services correspondant. S’agissant de ses effectifs et prenant en compte la crise qui sévissait en ce domaine sur le front occidental, Guillaumat les estimait suffisants. Malgré les réticences exprimées par le G.Q.G., Clemenceau répond favorablement aux demandes de Guillaumat et lui affecte personnels et moyens demandés (10).Se penchant sur son commandement quelques années plus tard, Guillaumat écrira (11) :« Un pareil commandement est difficile à organiser, plus difficile encore à exercer. Quelles que soient la précision des conventions qui l’instituent, celui qui en a la responsabilité ne peut pas prétendre à l’obéissance empressée des généraux mis sous ses ordres. Il lui faut compter avec leur tempérament national, avec leurs traditions politiques et militaires […] Ses ordres vaudront toujours moins auprès d’eux que les directives qu’ils continuent de recevoir de leur gouvernement et dont il n’a pas toujours communication ».
En outre, comme le 10 février, c'est-à-dire avant de recevoir le rapport de Guillaumat, Clemenceau lui avait demandé d’étudier les possibilités d’une offensive éventuelle de l’armée d’Orient, Guillaumat lui répond que s’il ne lui paraît pas opportun de déclencher en Orient une offensive de portée générale tant que l’Entente n’aura pas remporté un succès majeur à l’Ouest, il est partisan d’y entreprendre toute une série d’offensives partielles à objectifs limités en vue de contraindre les Puissances centrales à y maintenir des effectifs importants. Il propose des actions offensives sur le Vardar et la Strouma. L’ensemble de ces propositions sont approuvées par Clemenceau.Mais, le 4 avril, Clemenceau lui câble de nouvelles instructions (12):« Contrairement aux prescriptions de ma lettre du 17 mars, l’obligation s’impose donc pour vos armées de se tenir prêtes, si les circonstances l’exigent, de passer à l’offensive. Dans ce but, l’organisation du front d’attaque doit être entreprise sans retard et poussée activement ainsi que le remaniement du dispositif de vos forces en vue de rendre possible la réunion rapide de vos réserves. En attendant que cette préparation soit réalisée, il importe que, sur l’ensemble de votre front, vos troupes redoublent d’activité pour inquiéter l’ennemi, entraver sa liberté d’action, vérifier son ordre de bataille, déceler ses mouvements. Ces résultats devraient donc être recherchés au moyen d’attaques locales soigneusement préparées sur des objectifs bien choisis et mettant en jeu des effectifs d’infanterie réduits, mais avec l’appui d’une concentration d’artillerie aussi nombreuse que possible. »Le premier rapport que Guillaumat avait adressé à Foch, alors chef d’état-major général et à ce titre coiffant les théâtres d’opérations extérieurs (T.O.E.), est un bilan sévère de l’action de son prédécesseur, Sarrail (13) :« Je n’ai rien trouvé ici comme plan de défense, comme projet d’opération, comme plan de travail de route, rien, rien, rien […] Depuis les dernières offensives, aucun ordre, aucune instruction, aucun projet, aucun travail n’a été fourni par le 3e bureau. »Étant parvenu à mettre sur pied un véritable état-major interallié après avoir renoué les liens avec les Alliés que l’intransigeance de Sarrail avait distendus, ainsi qu’à relever le moral de ses troupes, Guillaumat s’attache conformément aux nouvelles directives reçues, à planifier une opération contre les Austro-Bulgares en Macédoine depuis Monastir, en faisant effort sur le Vardar et la Strouma, régions plus ouvertes, mais plus fortifiées. Le 31 mai, il enlève le Sra di Lingen à l’ouest du Vardar par le contingent grec, tandis que l’armée française d’Orient aux ordres du général Henrys s’empare de l’Ostrovotsa. Il attend le renfort de six divisions helléniques et programme une offensive d’envergure pour l’automne 1918. À ce moment, l’armée d’Orient alignera huit divisions françaises, six serbes, six grecques, quatre britanniques et une demie italienne.
Rappelé à Paris
Mais en juin 1918, alors que Clemenceau est en butte à une interpellation de la Chambre qui réclame des sanctions et des mutations au sein du haut-commandement, suite au grave échec du Chemin des Dames à la fin mai, Franchet d'Espèrey, commandant le G.A.N. est évincé de commandement sur le front occidental. Il relève Guillaumat à Salonique, ce dernier étant rappelé en France dans l'hypothèse où la relève de Pétain s'imposerait au chef du gouvernement, en butte à une très forte hostilité à la Chambre (14). Mais lorsque Guillaumat arrive en métropole, la crise est jugulée et il n'est plus question de relever le commandant en chef français. Or, aucun commandement au front n'étant vacant, le chef du gouvernement le nomme gouverneur militaire de Paris et « commandant du groupe des armées de Paris », poste sensible, alors que le front ne se trouve, à certains endroits, qu'à moins de cent kilomètres de la capitale qui essuie les tirs de l'artillerie à très longue portée allemande. Les préventions de Fayolle vis-à-vis de Guillaumat ne cessent pas :« 24 juin : À déjeuner, Guillaumat, rentré de Salonique. Méfions-nous du seigneur Guillaumat qui commence à errer dans mes plates-bandes. Il ne tardera pas à déclarer que tout est à lui » (15).
Le 10 juillet 1918, Guillaumat est élevé à la dignité de grand’croix de la Légion d’honneur. Simultanément, Clémenceau le charge de négocier avec les gouvernements alliés leur accord de principe relatif à l’offensive de Macédoine. Le gouvernement envoie donc Guillaumat à Londres le 4 septembre pour obtenir l’accord britannique sur une date de déclenchement des opérations offensives dans les Balkans planifiée le 15 au matin. Quelques jours plus tard, le 9 il est à Rome pour mener la même négociation. Finalement, le 10, il obtient l’accord de toutes les parties pour un déclenchement de l’offensive par Franchet d’Espèrey conforme à sa planification (16). Cet accord des Alliés était indispensable, les attributions interalliées de Foch ne s’exerçant que sur le seul théâtre occidental. Cette offensive est conduite avec brio par Franchet d’Espèrey dont les troupes enfoncent le front ennemi, atteignent Belgrade en une quinzaine de jours et forcent la Bulgarie à solliciter un armistice, suivi par la Turquie. Ce magnifique succès doit beaucoup au travail réalisé en amont par Guillaumat, tant sur le théâtre que vis à vis des gouvernements alliés concernés.Lorsque le commandement de la 5e armée se libère sur le front de Champagne, ayant toujours demandé un commandement au front, Guillaumat se résigne à l’accepter, bien qu’il représente un niveau de commandement moins élevé que celui qu’il a exercé à Salonique (17). Guillaumat prend son commandement le 8 octobre, ce qui lui permet de jouer un rôle de premier plan dans la victoire finale. Il achève la guerre à la tête de son armée à Charleville. Il quitte son commandement le 31 janvier 1919. Mais les mesquineries à son égard ne sont pas achevées. Le gouvernement lui ayant conféré la médaille militaire, mais personne ne se déplaçant pour la lui remettre, Guillaumat se la remet lui-même et l’arbore ainsi.
Partisan de la doctrine de Foch
Guillaumat est alors désigné pour présider la commission d’enquête chargée de se prononcer sur la reddition des places fortes de Maubeuge, Charlemont et Montmédy.Membre du Conseil supérieur de la Guerre en 1919, Guillaumat commande l’armée française d’occupation en Rhénanie dont l’état-major est à Mayence, de 1924 à l’évacuation définitive en 1930. Il est alors placé hors cadre et sans emploi avant d’être placé en deuxième section en janvier 1933. En 1925, durant un mois, il avait été ministre de la Guerre dans le dixième gouvernement Briand.Dans le débat doctrinal de l’après-guerre qui allait opposer Foch à Pétain, Guillaumat suit Foch qui se montre partisan de l’idée selon laquelle la raison d’être de l’armée est de « faire la guerre », tandis que pour Pétain, suivi par Debeney, l’armée devait « défendre la France ». Pour les premiers, faire la guerre signifie manœuvrer en mettant à profit l’espace : tant que resteraient des bases d’occupation en Rhénanie, Guillaumat préconise de porter la guerre au cœur de l’Allemagne, alors que Debeney, soutenu par Pétain, voulait transformer la France en camp retranché. S’élevant contre cette idée, Guillaumat n’hésite pas à déclarer :« La prochaine guerre devrait être une lutte à mort. La nation ne pourra s’arrêter de combattre que quand elle n’existera plus. »Pour Guillaumat, l’idée de l’intégrité du territoire national relevait d’un dogme nouveau, à récuser. Si l’ennemi pénétrait temporairement sur le territoire, cela ne signifiait aucunement l’inéluctabilité de la défaite. De ce débat, emporté par le tandem Pétain Debeney, allait naître la conception de la ligne Maginot et de l’organisation défensive des frontières, acté dès 1926.Le général Guillaumat s’éteint le 18 mai 1940 à Nantes et est inhumé dans le caveau des gouverneurs aux Invalides depuis 1947. Son fils sera le Premier ministre des Armées du général de Gaulle de 1958 à 1960.
(1) Colonel Pierre Rocolle, “L’hécatombe des généraux”, Paris, Lavauzelle, 1980, p. 70.
(2) Cité par Paul Guillaumat, “Correspondance de guerre du général Guillaumat”, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 448.
(3) Ibidem.
(4) Promu divisionnaire à titre temporaire le 6 décembre 1914, Guillaumat se verra titulariser à titre définitif dans son grade un an plus tard.
(5) L’Illustration, n° 3886, 25 août 1917, p. 195.
(6) Ibidem.
(7) Ibidem.
(8) Guillaumat, op. cit., p. 125.
(9) Maréchal Fayolle, “Cahiers secrets de la Grande Guerre présentés et annotés pat Henry Contamine”, Paris, Plon, 1964, pp. 236 et suivantes.(10) Mordacq, op. cit.,p. 189.
(11) Cité par le lieutenant-colonel Porte, in 14-18, n°42 août 2008, p. 34.(12) Mordacq. op. cit., p. 270.
(13) Porte, Ibidem.
(14) Mordacq, op.cit., p. 63.
(15) Fayolle, op. cit., p. 284.
(16) L’accord des gouvernements concernés étant en effet indispensable, le commandement inter allié exercé par Foch étant strictement limité au seul front occidental.
(17) Lorsque Guillaumat a été rappelé en France début juin 1918, Pétain a – fort opportunément ? – effectué une réorganisation du haut-commandement en procédant à la fusion des groupes d’armées Nord et Centre et en confiant le commandement du nouveau groupe d’armées à Maistre. Si bien que lorsque Clemenceau s’est enquis de la possibilité de confier un commandement de groupe d’armées à Guillaumat, Pétain a pu – en toute bonne foi !– lui répondre qu’il n’y en avait malheureusement aucun de disponible. La rancœur entre les deux généraux a eu la vie dure !
Comments