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L’armée française en crise

Dans l’imaginaire populaire, l’armée française de la « Belle époque », dans ses beaux uniformes, est adulée du public et régulièrement louée par le presse. A contrario, dans un certain nombre d’études plus polémiques, elle fait l’objet de vives critiques pour son attitude hostile à l’égard du capitaine Dreyfus ou son manque d’esprit républicain. Pourtant, si l’on replace ces événements dans leur contexte, la réalité est plus contrastée et nous offre l’image d’une institution qui doute, souvent dénigrée dans le débat public, mal défendue par les autorités politiques et qui a tendance à se replier sur elle-même pour se protéger.

Pourtant, pendant près de quinze ans, elle est secouée par une succession de crises qui se prolongent et se conjuguent. Depuis la crise boulangiste (1886-1889) et le scandale des décorations (1887), les difficultés se succèdent : affaire Dreyfus bien sûr de 1894 à 1906, mais aussi affaire des fiches (1904), question des congrégations à partir de 1901 puis loi de séparation des Églises et de l’État suivie par la crise des Inventaires (1905-1906), sur fond d’emploi de l’armée pour réprimer les mouvements sociaux (des événements de Fourmies en 1891 au drame de Courrières en 1906), sans oublier les séquelles de la reculade de Fachoda (1898), dans un contexte marqué par le scandale de Panama (1892-1893) et l’abaissement continu du rang social des militaires dont témoigne la faiblesse des soldes, le faible taux des rengagements et que sanctionne le décret de juin1907 relatif au protocole dans les cérémonies publiques.Un officier entré en service au début des années 1880 et qui ne connaît, avant la Grande Guerre, que l’armée métropolitaine, aura vécu moins de dix ans de sérénité publique et de respect de son institution d’appartenance, ce qui contredit l’image d’Épinal cent fois répétée et explique la tendance au repli sur soi que l’on observe chez de nombreux militaires.


L’armée et l’affaire Dreyfus


L’arrestation du capitaine, à l’automne 1894, s’effectue dans la discrétion et dans un premier temps son nom n’est pas cité par la plupart des journaux. Pour La Croix, le 1er novembre, « on a arrêté hier un officier de la garnison de Paris. L’affaire aurait beaucoup de gravité ». À la même date, pour Le Gaulois, « Un officier, attaché aux bureaux du ministère de la Guerre, le capitaine D…, a été écroué il y a deux jours à la prison du Cherche-Midi sur une inculpation des plus graves » ; tandis que La Justice (le journal de Clemenceau) accorde le 2 novembre une plus large place à l’information, en dépit du secret qui entoure le dossier : « L’officier compromis serait un capitaine d’infanterie employé au ministère de la Guerre … Toute une correspondance aurait été saisie qui établirait absolument la culpabilité de l’accusé… Ajoutons qu’un nom est prononcé : nous estimons qu’en matière si délicate, on ne peut livrer à l’opinion publique, à moins d’être absolument sûr de son fait, le nom d’un homme sur lequel pèsent de si graves soupçons. Le conseil de guerre statuera, du reste, dans le courant de la semaine prochaine sur le cas de cet officier ».

La situation se complique à partir de la fin du mois, avec la prolongation de l’enquête préliminaire. Pour La Lanterne, quotidien radical : « Qu’attend-on pour juger le criminel et faire justice ? Si, au contraire, la culpabilité n’existe pas, de quel droit retient-on au secret un innocent ? … C’est l’impérieux devoir des autorités compétentes d’en finir avec ces atermoiements qui, dans un cas comme dans l’autre, sont injustifiables, et qui ne pourraient se prolonger sans jeter dans l’opinion un véritable affolement ». La première condamnation du capitaine ne suscite pas d’émotion particulière et chacun dans le pays est alors convaincu qu’il est coupable. Le 18 novembre 1896, l’ordre du jour de la Chambre des députés témoigne encore sans ambiguité de cette quasi-unanimité : « La Chambre, unie dans un sentiment patriotique, et confiante dans le gouvernement pour rechercher, s’il y a lieu, les responsabilités qui se sont révélées à l’occasion et depuis la condamnation du traître Dreyfus et en poursuivre la répression... ». Pour l’ensemble de l’armée, qui ignore tout des faux fabriqués à Paris, des mensonges de quelques représentants de l’état-major, et qui n’a pas de raison de douter des certitudes affirmées par les ministes successifs, la culpabilité de Dreyfus est une évidence.Ce n’est que progressivement, avec la politisation progressive du dossier, que les prises de position deviennent de plus en plus radicales et inconciliables. Les passions qui agitent alors la société française se retrouvent jusque dans l’armée, première institution concernée. Le 10 novembre 1897, L’Aurore rend ainsi compte d’un incident rare : « Un duel. À la suite d’une altercation qui s’est produite entre deux officiers dans un cercle voisin des grands boulevards, et qui aurait eu pour point de départ, assure-t-on, une vive discussion sur l’affaire Dreyfus, une rencontre a été décidée. Les conditions, d’après ce qu’on assure, sont assez graves ». Sans en arriver fréquemment à de telles extrémités, l’armée compte dans ses rangs une minorité de dreyfusards et d’anti-dreyfusards aussi irréductibles, au sein d’une immense majorité ballottée au gré des informations publiées dans la presse et des mouvements d’opinion, tout en ayant d’abord le souci de préserver l’institution militaire elle-même. Un réel souci de l’ordre, un certain conformisme et l’habitude se suivre les indications de leurs chefs incitent l’immense majorité des officiers à refuser la remise en cause du jugement du tribunal militaire, et donc à admettre la culpabilité de Dreyfus. Comme une grande partie de la population, ils considèrent que le capitaine a été « justement et légalement condamné », or on ne remet pas en cause la chose jugée…

Au début de l’année 1898, l’antidreyfusisme est encore très largement partagé dans la presse comme dans le monde politique et ce n’est qu’au cours de l’année que les débats s’aigrissent. Désormais, l’institution militaire elle-même est mise en cause en tant que telle. Par ailleurs, sous la pression du mouvement antisémite ou des étudiants nationalistes, l’atmosphère devient électrique dans de nombreuses régions. Ici ou là, à Paris et dans les principales villes unversitaires, on assiste à des manifestations violentes. À Alger, il y a des morts et les boutiques d’israélites sont pillées. À la Chambre des députés, les insultes pleuvent et l’on en vient à faire le coup de poing. À la suite d’incidents mal maîtrisés, les ministres de la Guerre (y compris civils comme Freycinet en 1899) démissionnent les uns après les autres et les gouvernements chutent. Dans un tel contexte, l’encadrement militaire ne saurait rester étranger au trouble profond qui agite le pays. Pourtant, la conservatrice, mais globalement neutre, Revue des Deux Mondes reconnaît en mai 1899 : « Après tant d’agitations, le pays désire le repos, il en a besoin … L’armée, prise dans son ensemble, s’est tue, comme elle a coutume de le faire, et jamais peut-être l’autorité de la discipline ne s’y est montrée plus forte, ni plus respectée ».Lorsque viendra le temps de la réhabilitation, l’opinion majoritaire aura suivi le cours général. Dreyfus, en tant qu’individu, est plutôt considéré comme une victime malheureuse, mais reste en mémoire le souvenir des vives critiques portées contre l’armée dans sa globalité.

La loi de séparation des Églises et de l’État et la crise des Inventaires

La crise entre les gouvernements républicains et l’église catholique se prolonge durant les années 1901 à 1906, de l’expulsion des congrégations aux Inventaires, en passant par les interdictions d’enseignement et la loi de séparation des Églises et de l’État. Or, comme une majorité de la population à l’époque, de nombreux militaires sont profondément croyants. Souvent perçue dans sa durée comme une agression systématique contre leur foi, cette politique suscite de nombreux cas de conscience. Pour la plupart, les officiers font de cette affaire une question personnelle, mais un certain nombre fait le choix de démissionner et quelques-uns se risquent même au refus d’obéissance, ce qui se traduira par des passages en conseil de guerre et des condamnations.La volonté du gouvernement est mal comprise dans plusieurs provinces, et celui-ci se braque face aux résistances locales. La Revue Politique et Parlementaire peut alors écrire lors de la crise des Inventaires : « Cette grande entreprise, qui devait être une œuvre de liberté et d’apaisement, n’a abouti jusqu’à présent qu’à des difficutés et n’a suscité que des mesures de représailles ». La situation est particulièrement tendue dans les Flandres, en Bretagne, dans le Massif Central et en Savoie. Le curé d’Estaires, dans le Nord, note, à la date du 4 mars 1906 : « À midi, les soldats cernaient déjà l’église et empêchaient la circulation.

La population, avertie de l’arrivée de la troupe, avait pris le devant et beaucoup de monde avait pris place dans l’église ». Il ajoute le 20 novembre, lorsque les autorités décident d’employer la force : « Des soldats du génie prêtaient main forte à nos envahisseurs. Ils eurent d’abord recours à la hache, mais le travail eut été long et les huées, la clameur de la foule les mirent bientôt en rage ». Dans sa biographie du maréchal Foch, parue chez Perrin en 2008, Jean-Christophe Notin rappelle les états d’âme du futur maréchal et ses craintes alors qu’il commandait son régiment d’artillerie à Vannes. Mais, en dépit de sa pratique religieuse très régulière, il ne se dérobe à aucune de ses responsabilités, comme l’immense majorité des officiers.


L’affaire des fiches


Troisième facteur de fragilité, l’affaire des fiches cause également un trouble profond. Devenu ministre en 1900 dans le gouvernement de Waldeck-Rousseau et maintenu dans cette fonction dans le gouvernement Combes en 1902, le général André, républicain convaincu, veut « républicaniser » l’armée et fait pour cela le choix de favoriser l’avancement des officiers perçus comme les plus fidèles au régime.

Pour obtenir les renseignements nécessaires sur plusieurs dizaines de milliers d’officiers, il met en place un véritable système de délation, centralisé au niveau de son cabinet et qui s’appuie d’abord sur l’administration civile préfectorale puis, pour en accroître les résultats, sur le réseau des loges maçonniques. Il s’agit en effet de rassembler des informations d’ordre privé sur les opinions politiques et religieuses des candidats à l’avancement, les catholiques pratiquants étant assimilés aux adversaires de la République. Le système, qui repose finalement sur des rumeurs, sur la délation, sur des inimitiés locales, fonctionne ainsi pendant trois ans, faisant pudiquement écrire à Simon Robert, lorsque ce mode de fonctionnement sera dénoncé, que, dans l’établissement des tableaux d’avancement, « on a constaté que, selon la personnalité du ministre, ce mode d’établissement pouvait varier du tout au tout ». Si certains sont favorisés, d’autres stagnent dans leur grade, ce qui vaudra, parmi bien d’autres, à de Castelneau d’être retardé dans l’accession au généralat.La dénonciation de ce système en tribune par le député nationaliste de Neuilly Guyot de Villeneuve en octobre 1904 entraîne quelques jours plus tard la démission du ministre de la Guerre et en janvier 1905 la chute du gouvernement Combes. La situation durera néanmoins plusieurs années pour certains officiers, qui ignoreront que de tels documents les concernant ont malgré tout été conservés. On imagine la stupeur et l’indignation dans les popotes et dans les mess lorsque les détails de l’affaire sont rendus publics.Ce n’est toutefois qu’à la veille de la Grande Guerre que les fiches individuelles de renseignement seront définitivement abandonnées.


L’armée et le maintien de l’ordre


En l’absence de formations spécialisées de la gendarmerie, l’armée est traditionnellement chargée d’assurer le rétablissement de l’ordre public sur réquisition des autorités civiles. À la fin du XIXe siècle., avec le développement de l’action syndicale et la multiplication des conflits sociaux, cette mission pèse de plus en plus lourdement sur les régiments de l’armée de campagne. Pour Le Temps du 7 mars 1884, « l’apparition de la troupe en tenue de campagne et venant bivouaquer sur le lieu des grèves éveille tout de suite, en effet, l’idée même de la guerre, et la pire de toute, la guerre civile ». Cette perception ne change pas au cours des décennies qui suivent. Au contraire.

L’armée n’est normalement réquisitionnée que lorsque la gendarmerie se révèle impuissante à contenir les mouvements sociaux, mais celle-ci ne dispose que d’effectifs insuffisants et, en pratique, les fantassins (qui protègent les bâtiments et tiennent le terrain) et les cavaliers (qui dominent et donc impressionnent les manifestants) sont constamment sur la brèche. Des événements de mai 1891 à Fourmies (Nord) aux grèves de Draveil en 1908 l’engagement est quasi-permanent, au point que des procédures sont progressivement mises au point et adaptées et que des ouvrages spécialisés sont publiés pour l’auto-formation des officiers (Lieutenant Z, L’armée aux grèves (grève générale des mineurs, octobre-novembre 1902, Société nouvelle de librairie et d’édition, 1904, et en 1912 un Aide-mémoire de l’officier aux grèves, chez Lavauzelle), tandis que le sujet fait l’objet de travaux universitaires (thèse de doctorat soutenue en 1907 sur L’armée et le maintien de l’ordre public). Clemenceau, en particulier, lorsqu’il est chef du gouvernement entre 1906 et 1909, utilise intensivement la possibilité de faire appel aux militaires. Les missions peuvent être différentes, elles n’ont rien à voir avec le métier des armes : gardes statiques protéger les locaux industriels, escorte pour permettre aux non-grévistes de poursuivre le travail, maillage du territoire et occupation du terrain pour prévenir ou réduire les attroupements sur la voie publique.Ces interventions engagent souvent des effectifs importants : 18 escadrons de cavalerie pendant la grève des mineurs du Nord à l’automne 1902 et jusqu’à 25 000 hommes lors de la révolte des vignerons du midi en 1907. Outre le fait qu’elles perturbent gravement la formation des conscrits et des réservistes, mais aussi dans le Nord et dans l’Est la mission de surveillance des frontières, elles représentent également un surcroit de travail pour lequel l’encadrement n’est pas préparé et sont perçues comme des « corvées ».Dans leur immense majorité, comme leurs correspondances le confirment, les officiers répugnent à cette répression de la contestation sociale qui ne leur apporte que de l’impopularité. Ils retardent autant que possible l’engagement de leurs subordonnés et appliquent de manière extrêmement formaliste les règlements. La Revue des Deux Mondes observe dans son numéro du 15 octobre 1905 : « Ce qui caractérise l’attitude de nos officiers les jours de grève, c’est le plus admirable sang-froid. Loin d’exciter les soldats, ils les retiennent. Ils subissent sans s’émouvoir les injures, les outrages, les coups, et ils imposent la même réserve à leurs troupes ». Tous « éprouvent le malaise d’être affecté à un rôle de simple police », explique Odile Roynette. Il ne faut pas oublier, en effet, que la présence des régiments pendant de longues années dans la même garnison et le principe du recrutement régional en vigueur depuis les réorganisation des années 1870, ont multiplié les liens entre l’armée et son environnement local. Peut-on demander aux conscrits de réprimer un mouvement social auquel certains des leurs peuvent participer ? « Les événements qui ont eu pour cadre certains départements du midi [crise viticole] ont montré que ce mode de recrutement présentait de graves inconvénients », peut-on lire en août 1907 dans la rubrique des questions militaires de la Revue Politique et Parlementaire.

Alors que de nombreux officiers se voient comme des éducateurs (se souvenir du Rôle social de l’officier de Lyautey) et considèrent qu’ils ont un rôle positif à jouer dans la nation, ces situations sont de plus en plus mal vécues et Gabriel Commaille, qui prône le développement d’une gendarmerie mobile pour intervenir dans les troubles sociaux, constate : « L’emploi de l’armée dans les grèves a contribué, cela n’est pas douteux, à développer dans les masses ouvrières les sentiments antimilitaristes en créant un antagonisme permanent entre les soldats et le peuple ».


De Fachoda à la misère matérielle


En 1898, l’agitation patriotique que connaît le pays à la suite de la crise de Fachoda est très largement partagée par l’armée. La décision du gouvernement de rapatrier le détachement Marchand via Djibouti est perçu comme une capitulation devant la Grande-Bretagne, mal vécue alors que les éditorialistes, durant la même période, font un parallèle avec les propos antimilitaristes qui accompagnent la campagne de certains partisans de Dreyfus. L’armée y est d’autant plus sensible que la situation matérielle de ses membres est fragile.La crainte fantasmée (mais en réalité injustifiée car le haut commandement est parfaitement légaliste) que les élites républicaines éprouvent à l’égard d’une armée que, majoritairement, elles connaissent fort mal, perdurent tout au long de la période et marque durablement les esprits. Le 1er octobre 1898, le quotidien Le Siècle traduit le sentiment général des radicaux et de la gauche parlementaire, qui s’opposent au plan économique mais se retrouvent souvent sur leur perception de l’armée : « Si Boulanger est mort, le péril n’est pas conjuré. Vous voyez aujourd’hui s’agiter autour de la question Dreyfus les mêmes hommes ». Or c’est autour des radicaux-socialistes que les coalitions gouvernementales se structurent et l’accord se fait souvent au détriment de l’armée, surtout lorsqu’il s’agit de questions budgétaires. Les moyens d’instruction restent notoirement insuffisants et en 1904 le député de la Seine Auguste Gervais, pourtant ancien officier devenu journaliste, dépose même une proposition de loi visant à réduire la durée des grandes manœuvres pour réaliser des économies...Dans le même temps, les difficultés personnelles ne cessent de s’aggraver et la crise de l’avancement en particulier est, avec la modicité des soldes, la cause d’un profond malaise. Tandis que le chiffre des candidats aux concours d’entrée des écoles d’officiers diminue, les rengagements, indispensables pour compenser la diminution de la durée du service militaire, sont nettement insuffisants. En 1906, sur 11 500 rengagements de caporaux espérés il n’y en a que 4.000, et pour les simples soldats 1.000 pour 10.000 attendus. La même année, il faut compter 13,5 ans pour passer de sous-lieutenant à capitaine dans l’infanterie et 15 ans dans la cavalerie, et ce trop long maintien dans les grades subalternes s’aggrave, puisque l’ancienneté des lieutenants augmente de deux ans et six mois dans l’infanterie entre 1894 et 1904, de trois ans et neuf mois dans la cavalerie et de quatre ans dans l’artillerie, et menace l’ensemble de l’institution d’une véritable sclérose. La situation financière des cadres militaires va devenir de plus en plus critique, au point que la solde d’un lieutenant sortant de Saint-Cyr ne suffit plus en 1912 à payer ses frais fixes d’hébergement, d’alimentation et d’équipement.Plus marginalement, mais cela contribue à noircir encore le tableau d’ensemble, de nombreux cadres ne comprennent pas pourquoi, alors qu’ils sont prêts à mourir pour le pays sur les champs de batailles, on ne leur reconnaît pas le droit de vote. Seraient-ils donc, comme les condamnés de droit commun, des « sous-citoyens » ? La revendication du droit de vote est alors portée par plusieurs associations qui font le siège des parlementaires et du ministère.

Anecdotique enfin aux yeux de beaucoup, mais cela contribue à entretenir le sentiment d’un déclassement de l’institution militaire, le débat sur le protocole républicain est lancé en 1903 avec la proposition du député Muteau de réviser le décret datant du consulat, pour prendre en compte les parlementaires, les préfets, les recteurs d’académie, les procureurs généraux, etc. Quelques années plus tard, les officiers généraux qui exercent un commandement perdent symboliquement leurs premières places sur les tribunes officielles, une situation mal vécue dans les garnisons de province car elle symbolise ce qui est perçu comme un abaissement général du rang de l’armée dans la nation.Finalement, l’armée française du début du XXe siècle est aussi mal à l’aise en interne qu’au sein de la société. Certes, elle est publiquement mise à l’honneur une ou deux fois par an à Longchamp, mais les élites dirigeantes se méfient d’elle. Après les efforts consentis durant les années 1870-1890 pour mettre sur pied la nouvelle armée, les législatures suivantes n’apportent que des changements cosmétiques à l’organisation en place, à l’exception notable de la loi sur l’organisation de l’armée coloniale qui rattache les troupes de marine à l’armée de Terre en juillet 1900. Pour la législature 1902-1906, n’émerge que la loi de mars 1905 sur le recrutement, qui réduit la durée du service militaire et aggrave encore le problème des effecifs et les difficultés d’instruction dans les unités. Entre la compromission de quelques-uns de ses chefs dans l’affaire Dreyfus et le déploiement des régiments lors des grèves, l’antimilitarisme politique semble trouver un terrain favorable, comme le souligne l’ancien ministre radical-socialiste René Goblet, peu avant sa mort en 1905 : « Ce qui est infiniment plus grave, c’est la propagande incessamment poursuivie par de nombreuses revues pédagogiques, en tête desquelles la Revue de l’Enseignement primaire, fondée par une société d’instituteurs comptant, dit-elle, des milliers d’abonnés et dont le principal rédacteur n’est autre que le trop célèbre M. Hervé, connu pour ses violences injurieuses contre l’armée et contre le drapeau ». Au terme de quinze ans de crises matérielles, intellectuelles, morales, l’armée française peine à se rétablir à partir de 1911-1912.Ce n’est que dans les toutes dernières années précédant le conflit que l’opinion peu à peu se retourne, et il faudra les drames des premières semaines de guerre pour retrouver, dans la souffrance et dans le sang, une cohésion réelle.

 
 
 

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