La deuxième bataille d'Artois
- Rose Hareux
- Jul 9, 2024
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Le général Joffre avait toujours eu en tête l'idée d'entreprendre deux actions principales conduites l'une par la 4e Armée (en Champagne) et l'autre par la 10e Armée (en Artois). Ainsi l'avait-il ordonné dans son instruction en date du 8 décembre 1914. Si l'opération en Champagne avait bien lieu, celle prévue en Artois dut être ajournée. Mais le général en chef n'y avait pas pour autant renoncé…
Le 19 janvier 1915, le général Joffre ordonne à la 10e Armée de préparer l'attaque qui doit avoir lieu avec une action combinée de la droite britannique sur La Bassée. Afin de disposer de forces supplémentaire, le commandant en chef des armées françaises s'entend avec son homologue anglais, le général French pour que les troupes britanniques relèvent les 9e et 20e C.A. français au nord d'Ypres.
Reprendre l'initiative
Mais en février parviennent du front oriental de mauvaises nouvelles : l'armée russe recule dans de nombreux secteurs. Pour le haut-commandement français, une défaite des troupes du Tsar entraînerait, à court terme, un renforcement des effectifs allemands sur le front Ouest et pourrait avoir de graves conséquences sur l'issue du conflit. De plus, la réunion interalliée qui a eu lieu à Chantilly, le 29 mars 1915, a confirmé que le front français doit constituer le théâtre d'opérations majeur du conflit. Et, au printemps 1915, le haut-commandement allemand, sûr de la solidité de ses lignes de défense, décide d'envoyer neuf divisions du front Ouest vers le front Est où il espère vaincre les Russes le plus rapidement possible pour disposer ensuite de la totalité de ses forces face aux Français. Il convient donc de prendre rapidement l'initiative pour le général Joffre et de plus, une victoire sur le front français aurait raison des dernières hésitations du gouvernement transalpin et déciderait enfin l'Italie à entrer en guerre aux côtés des Alliés.
Les plans de Foch
C'est au général Foch, à la tête depuis le 5 janvier du Groupe Provisoire des armées du Nord (G.P.N), qu'échoit la responsabilité de préparer cette offensive d'envergure. Il passe à Chantilly ses journées du 19 et 20 mars et dans un mémoire expose ses idées sur la façon de procéder pour briser les lignes allemandes. Elles reposent sur :
- Une action générale entreprise sur tout le front pour fixer les Allemands. Celle-ci prendrait au Nord la forme d'une offensive belge à Dixmude, des 1re et 2e armées britanniques respectivement sur La Bassée et au sud d'Ypres.
- Une action décisive avec d'importants moyens après une intense préparation d'artillerie sur un front étendu et dans une direction où, sa résistance brisée, l'ennemi ne pourra pas renouveler son organisation fortifiée ce qui produira la percée.
L'effort principal sera fourni par l'armée française et portera sur les hauteurs de Lorette et Vimy; les Britanniques conduisant une action secondaire sur le front de Festubert.Concrètement, l'attaque sur la crête de Vimy prévue sur 9 km entre Carency et Roclincourt sera dégagée sur les deux flancs :
- À gauche, par une action antérieure de quelques jours sur Notre-Dame-de-Lorette et les hauteurs au-dessus de Souchez.
- À droite par une action simultanée entre Bailleul et Point-du-Jour.
La préparation d'artillerie préalable à l'intervention de l'infanterie sera poussée à fond et reposera sur deux temps :
- Pendant les journées qui précèdent l'attaque un feu lent, méthodique et prolongé sera assuré par des pièces de gros calibres.
- Juste avant l'assaut, l'artillerie de campagne terminera le travail par des tirs violents. En comptant une durée de six jours pour l'attaque du flanc nord et de dix jours pour celle du flanc sud et l'assaut principal, on prévoit une dépense de quelque 91 050 coups lourds et 600 000 de canons de 75. La durée de plusieurs jours de cette préparation d'artillerie indique clairement que l'effet de surprise n'est pas recherché. Le 24 mars, Foch fait parvenir son plan d'opération à Joffre qui lui donne son approbation. Le 29 mars, les deux généraux français s'entendent sur la date de l'attaque, ce sera le 1er mai. C'est au général D'Urbal, récemment nommé à la tête de la 10e armée, qu'incombe la définition des modalités opérationnelles. Elles sont arrêtées le 8 avril. Les travaux préliminaires qui peuvent être dissimulés à l'ennemi ou n'étant pas de nature à la renseigner sur cette offensive devront être entrepris rapidement. Au contraire, l'avance à la sape, pour établir des parallèles de départ à 10 ou 200 mètres de l'ennemi ne débutera que dix jours avant le début de l'opération.
Objectifs et préparation des hommes
Les objectifs sont quasiment ceux définis en décembre 1914 c'est-à-dire une réalisation d'une rupture du front au nord d'Arras entre Lens et la Vallée de la Scarpe puis une progression dans la plaine en direction de Douai.Les préparatifs pour mener à bien cette offensive d'envergure sont des plus rigoureux. Les centres d'instruction divisionnaires, nouvellement créés, ont procuré, comme le souhaitait le G.Q.G., une formation résolument offensive aux officiers en charge de conduire, sur le terrain, les soldats vers la victoire.De leurs côtés, les fantassins reçoivent un entraînement spécifique aux nouvelles méthodes de combat et perçoivent un équipement plus adapté aux conditions de la guerre.Afin de ne rien négliger et ne rien laisser au hasard, de nombreux survols aériens ainsi que des coups de main sur le terrain permettent de préciser l'organisation défensive de l'ennemi. Et les informations qui en résultent sont pour le moins inquiétantes…
Notes et instructions du G.Q.G.
Pendant les semaines précédant l'offensive, le Grand Quartier Général multiplient les notes et instructions. Dans cette guerres de position, devant ce problème de la rupture des lignes qui est somme toute nouveau, on cherche la meilleure méthode qui permettra de percer le front et d'acquérir la victoire finale.C'est ainsi qu'une note du 10 avril adressée aux commandants d'armée rappelle la nécessité et l'importance de détruire préalablement les défenses ennemies, d'établir l'infanterie à bonne distance d'assaut, d'attaquer sur un front suffisant, de rouvrir l'attaque par des renforts et de l'appuyer par le canon. Il est impératif d'organiser pendant la préparation une réseau de boyaux et de places d'armes, de pousser en avant les postes de commandement et l'artillerie, de disposer des observateurs d'artillerie dans les tranchées et de réaliser la liaison entre les deux armes.Une nouvelle note, datée du 16 avril et toujours à l'attention des commandants d'armée définit le but d'une offensive. Il ne s'agit pas de conquérir des tranchées mais de déloger et de chasser l'ennemi d'une position et le battre sans qu'il puisse se rétablir. Les conditions pour parvenir à ce dessein sont :
À LA LIGNE À CHAQUE TIRET
- Une préparation minutieuse à l'aide de plans directeurs, de photographies, de reconnaissances ;
- Un front étendu pour l'ensemble mais un front étroit pour chaque unité ;
- Le lancement de l'attaque uniquement après que la préparation ait été complète mais ensuite attaque brusque et violent se poursuivant sans interruption jusqu'au résultat final par l'entrée de troupes fraîches ;Le 2 mai, quatre instructions sont envoyées :
- La première concerne le développement des liaisons par téléphone. L'expérience en a montré l'importance et le service téléphonique de l'artillerie est encore rudimentaire…
- La deuxième prévoit la constitution d'une escadrilles par corps d'armée. « L'installation de la télégraphie sans fil à bord des avions a donné une importance capitale à l'observation aérienne en liaison avec l'artillerie. »- La troisième règle le service télégraphique ;
- La quatrième l'observation.
Le champ de bataille
Le terrain choisi pour cette offensive d'ampleur est la région située entre Lens et Arras. Elle se caractérise par un accident de terrain formant une longue arête nommée dans sa partie occidentale la colline de Notre-Dame de Lorette et dans sa partie orientale la crête de Vimy.Englobant Carency et Ablain-Saint-Nazaire, les lignes ennemies forment un saillant menaçant. Les Allemands tiennent toutes les hauteurs : l'éperon de Notre-Dame de Lorette, la crête de Vimy, la butte de Monchy-le-Preux. De ces points ils dominent Arras, toutes les lignes françaises qu'ils ont la possibilité d'écraser sous le feu de leurs batteries.Les positions allemandes, organisées depuis la stabilisation du front, sont bien structurées et d'une redoutable efficacité.Il s'agit d'une suite continue de tranchées, de boyaux qui s'étend le long des pentes des hauteurs à conquérir. Au pied des pentes même, face aux premières lignes françaises, s'échelonne une série de points d'appui fortement organisée, villages transformés en forteresses comme Ablain-Saint-Nazaire, Carency, Neuville-Saint-Vaast et centres de résistance créés de toutes pièces comme les Ouvrages Blancs et le Labyrinthe.
De plus, dans chaque village, toutes les maisons ont été aménagées; elles sont reliées les une aux autres soit par des boyaux souterrains allant de cave en cave, soit par des cheminements. Les caves ont, également, été fortifiées et blindées, leurs voûtes étant recouvertes d'une épaisse couche de béton ou de sacs de terre. Dans les murs sont percés des créneaux pour les mitrailleuses. Les soubassements des murs de clôture, les haies masquent des tranchées protégées par des défenses très efficaces comme les barbelés, chevaux de frise, hérissons etc.Quant aux fortifications comme le Labyrinhe, ce sont des réseaux de tranchées et de boyaux, profondément creusés, équipés d'abris souterrains, garnis de nombreux nids de mitrailleuses qui, intérieurement, s'entrecoupent et se croisent pour former un piègeux dédale. Des ouvrages de flanquement en protègent les pointes avancées et d'épais réseaux de fils de fer en défendent partout les abords.Si la tranchée de première ligne allemande est occupée par peu d'hommes, elle est en revanche copieusement garnie de mitrailleuses sous casemates et disposées de façon à procurer des feux flanquants. De même les boyaux sont armés de mitrailleuses garnis des deux côtés de banquettes de tirs et couverts par des réseaux. Ainsi ils pouvaient rapidement se transformer en tranchées de tir, offrant des feux flanquants en arrière de la ligne et dans l'intervalle des points d'appui. Dans le même esprit, les localités étaient organisées sur toutes leurs faces, ce qui leur permettait de résister, même investies, de maintenir l'ossature de la ligne et d'organiser les contre-attaques.Rien n'a donc été laissé au hasard. Au contraire tout a été méticuleusement pensé et réalisé pour que ces défenses soient inexpugnables. Le rôle de l'artillerie, avant l'assaut de l'infanterie, sera donc de première importance…
Les forces en présence
Le front qui sera attaqué par les Alliés est celui de la VIe armée allemande, commandée par le Kronprinz de Bavière. Il a en ligne d'Arras jusqu'au sud de la colline de Lorette le IIe Corps de Réserve Bavarois. Au nord de celui-ci le XIVe Corps d'Armée qui tient la colline de Lorette par sa gauche et qui prolonge sa droite vers le canal de La Bassée. Au nord de ce canal, le front est tenu par la 1re armée britannique face au VIIe Corps d'Armée renforcé d'une division bavaroise.L'ordre de bataille français est composé de gauche à droite :
À LA LIGNE À CHAQUE TIRET
- Au nord de Notre-Dame de Lorette la 9e Corps d'Armée dont une division attaquera les hauteurs au nord de Lens ;
- Le 21e Corps d'Armée (général Maistre) sur la colline de Lorette ;- Le 33e Corps d'Armée (général Pétain) aux sud de la colline de Lorette ;
- Le 20e Corps d'Armée (général Balfourier) devant Neuville-Saint-Vaast ;
- Une division du 17e Corps d'Armée devant le Labyrinthe ;
- Le 10e Corps d'armée (général Wirbel) tenant le front d'Arras.Les soldats français qui s'apprêtent à prendre part à cette bataille d'Artois sont en quelque sorte des « survivants ». En effet, beaucoup d'entre eux combattent, sans interruption, depuis août 1914 et n'ont bénéficié d'aucune permission. Les officiers leur ont promis une victoire rapide et spectaculaire leur permettant enfin de rentrer dans leurs foyers.
Le bombardement préparatoire
La préparation d'artillerie (6e, 8e, 12e et 20e régiments d'artillerie) débute le 3 mai et se poursuit durant six jours et six nuits sans discontinuer. Suivant le plan établi, elle comprend une préparation d'artillerie lourde de plusieurs jours pour réduire à néant les points fortifiés et organes de flanquement allemands suivie d' une préparation combinée d'artillerie lourde et de campagne avec pour objectif la destruction des défenses accessoires et de battre les endroits du terrain où ont pu être stockés et abrités des réserves. Enfin une puissante artillerie de campagne parachève la préparation en détruisant les tranchées ennemies dans la zone où la proximité des lignes française empêche l'intervention de l'artillerie lourde.Les conditions météorologiques s'avérant mauvaises les 6 et 7 mai, le commandement décide de reporter l'attaque au 9.
Lors de la soirée du 8, toutes les divisions de cavalerie disponibles sont mises en état d'alerte et prêtes à se porter dans la zone de la 10e Armée.De plus, le 9 au matin, toutes les troupes qu'il est possible de prélever sur les autres armées sont rapprochées au plus près de la zone d'assaut. C'est le cas d du 3e Corps d'Armée, de la 55e Division d'Infanterie, du Corps de Cavalerie Conneau qui depuis la région d'Amiens est prêt à marcher vers le nord, de la 8e division de cavalerie qui arrive vers Hesdin.Enfin le général Joffre installe son poste de commandement à Doullens pour être au plus près des opérations.Toutes les dispositions sont donc prises pour qu'un succès puisse être exploité au plus vite avec la puissance voulue.Le 9 mai, l'attaque principale est donc menée par les 21e, 33e, 20e, 17e et 10e Corps d'Armée sur un front d'environ 19 km avec pour objectif la ligne cote 140, La Folie, Bailleul, Point du Jour. Cette action est appuyée par le 9e Corps d'Armée et la 58e Division dans la direction de Loos, cote 70. De son côté la 1re armée britannique doit attaquer, en liaison avec le 9e corps, au nord-ouest de La Bassée.Ce matin du 9 mai, les troupes d'assaut sont en place dès 4 h 30 du matin. À 6 heures débute la préparation d'artillerie. Les tirs semblent bien réglés, les ouvrages allemands sont sous le feu, les défenses accessoires sont bouleversées. À 10 heures, l'artillerie allonge son tir, l'infanterie déclenche alors sont attaque.
Le 33e C.A. au centre du dispositif
Le 9 mai, le 33e C.A. avancent de façon foudroyante, de quatre kilomètres en moins de deux heures et atteint la crête entre Souchez et la cote 140. Il s'agit de troupes de la Division Marocaine – en réalité composée de tirailleurs algériens et tunisiens et de légionnaires. Ils atteignent en l'espace de deux heures la cote 119 sur la crête de Vimy. Pour leur part, les Alpins de la 77e D.I. progressent de près de 5 km au cours de la journée. Traversant toutes les lignes allemandes, l'attaque de la Division Marocaine, conduite par le 1er régiment étranger et le 7e tirailleur, se dirige vers la cote 140 que les premiers éléments atteignent vers 11 heures. Des soldats entrent dans Givenchy, d'autres vers la lisière du Petit Vimy. La ligne ennemie est percée ! Selon un rapport, « chez l'ennemi le désarroi était manifeste; on rencontrait des résistances locales mais plus rien d'organisé ne tenait en face de nous. L'artillerie même semblait avoir amené ses avant-trains; le spectacle des coups fusants, très hauts, envoyés au hasard, témoignait de la désorganisation de l'ennemi. »Si les premiers résultats de cette offensive peuvent réjouir, ils ne tardent pas à inquiéter. En effet l'extraordinaire rapidité de cette progression confronte le commandement à un problème de réserves. Disposées trop en retrait du front, les réserves sont dans l'incapacité de rejoindre les lignes suffisamment rapidement pour permettre d'exploiter cette percée. Ainsi, dès 10 h45, le commandant de la Division Marocaine fait appel aux éléments de la réserve du corps d'armée (8e zouaves et 4e tirailleurs) mais ces deux régiments sont resté à leurs emplacements initiaux à savoir à Mont-Saint-Éloi et Acq, soit à une distance de 8 km des objectifs ennemis atteints avec une rapidité imprévue. À 11h30, le commandant d'armée met à disposition le 8e Zouaves : deux groupes reçoivent l'ordre de se porter vers les Ouvrages Blancs mais les bataillons de zouaves ne peuvent s'engager qu'à partir de 15 heures. Trop tard ! Entre-temps, l'ennemi s'est ressaisi, réorganisé et a acheminé aux abords de La Folie et vers Souchez des mitrailleuses et de l'artillerie qui prennent sous leur feu violent la ligne de combat française. Celle-ci éprouve de grandes difficultés à se maintenir d'autant que notre artillerie est dans l'incapacité de protéger les unités les plus avancées. La percée a été réalisée, l'exploitation nécessaire à la victoire ne le sera pas !
Sur les ailes
Les deux attaques menées sur les ailes par le 20e (général Balfourier) et le 21e C.A.(général Maistre) ne connaissent pas un succès aussi rapide que celui du 33e C.A. car elles se trouvent en face de positions allemandes particulièrement fortifiées. Si le 21e C.A. avance vers Notre-Dame de Lorette et Souchez, le 20e C.A.enlève La Targette et une partie de Neuvlle Saint-Vaast. Plus au sud le 17e C.A. stoppé par des mitrailleuses n'obtient que des résultats insignifiants. Cette faible progression des ailes menacent la 33e Corps qui se trouve alors sous le feu croisé des Allemands solidement retranché dans le village fortifié de Souchez et Neuville Saint-Vaast.À la droite du 33e C.A., une division du 20e Corps se distingue faisant, à 11h15, 350 prisonniers, capturant de nombreuses pièces de 77 puis poursuit sa progression vers Neuville Saint-Vaast, localité puissamment fortifiée d'où les Allemands, retranchés dans des maisons et des caves, tprennent sous leur feu meurtrier les assaillants.La droite du 20e Corps est, pour sa part, tenu en échec par l"ouvrage du Labyrinthe, le 17e C.A. à sa droite ne gagnant pas de terrain. En effet, sur le secteur d'intervention du 17e et du 10e C.A., l'ennemi avait multiplié les abris bétonnés, les blockhaus pour mitrailleuses et les réseaux de fils de fer, des défenses que ni l'artillerie lourde, ni l'artillerie de campagne n'étaient parvenus à détruireEnfin, quant à l'assaut du 9e C.A., sur Loos, si ses éléments avancés ont pu pénétrer dans le village, les tirs des batteries allemandes l'ont rapidement obligé à se replier dans les premières tranchées conquises.
Du côté des Britanniques
L'objectif fixé aux Britanniques est la prise de la crête d'Aubers, devant Neuve-Chapelle. Ce 9 mai, près de cinq heures avant avant l'attaque de l'infanterie française, le signal de l'assaut est donné aux soldats indiens, anglais et écossais qui sont immédiatement sous le feu intense des mitrailleuses allemandes. Beaucoup sont fauchés au moment même où ils s'élancent du parapet : la première ligne britannique est rapidement rempli de morts et de blessés. Ceux qui réussissent à avancer dans le no man's land sont vite fauchés ou se transforment en cibles en tentant de franchir les barbelés que l'artillerie n' a pas réussi à détruire. Seuls quelques groupes d'assaillants parviennent à investir quelques endroits de la première ligne ennemie mais se trouvent alors totalement isolés, incapables de continuer ou même de retourner en arrière et sont ainsi exposé au feu ennemi. Au cours de la nuit qui suit, les survivants entreprennent de se replier. En cette journée du 9 mai, l'armée britannique perd 11 000 hommes (tués, blessés, disparus).
Carency tombe aux mains des Français
Le commandant du 33e Corps a rapproché de la ligne de défense toute son artillerie mais les munitions commencent à faire défaut. À 11h30 ce 9 mai, ordre est donné de ne pas utiliser plus de 300 obus par pièce. Tout compte fait, il ne dispose plus que 60 à 70 coups à tirer en sachant qu'il faut en réserver 50 pour les contre-attaques. C'est dire le peu d'appui pour les hommes sur le terrain…De son côté, l'ennemi s'organise et lance des contre-attaques au cours de la nuit. Toutes sont repoussées. Le lendemain, 10 mai, les Allemands utilisent intensément ses mitrailleuses. Vers 16 heures, ils déclenchent une nouvelle contre-attaque. Sans succès.Sur le front de la 77e D.I. le duel d'artillerie se poursuit tout le long de la journée. Vers 11 heures, le général Bardot, commandant la 77e est mortellement blessé. À 20 heures, une nouvelle contre-attaque adverse débouchant de Souchez est mise en échec.
Cette même journée, la 7e division resserre plus étroitement Carency qui, depuis fin décembre 1914, forme un saillant menaçant qu'il est impératif de réduire. Ce village que l'ennemi considère comme imprenable est défendu par une quadruple ligne de tranchées. Chaque rue, chaque maison sont solidement fortifiées. Le village est défendu par quatre bataillons d'élite et six bataillons de pionniers. Au soir du 10 mai, les Français s'établissent, après des combats acharnés, sur la route Carency-Souchez. Carency est menacé vers l'Est, ses défenseurs ne communiquent plus que souverainement avec Ablain-Saint-Nazaire et Carency.Le 12 mai, Carency tombe par deux attaques convergentes lancées l'une par l'Ouest, l'autre par l'Est. Ses défenseurs se replient sur Ablain qui est conquis en grande partie au cours de la nuit qui suit.
Les 11 et 12 mai
Le 11 mai, ordre est donné au 33e C.A. qui a reçu le renfort de la 18e Division d'enlever les hauteurs 140 et 119. Après une brève préparation d'artillerie, l'assaut est lancé à 14 heures dans des conditions peu favorable. En effet, l'artillerie ennemie bombarde le terrain. Les communications sont coupées. La liaison entre l'artillerie et l'infanterie est mal assurée. Malgré leur bravoure, les zouaves sont cloués au sol. De même, l'attaque de la 77e Division ne parvient pas à déboucher, les feux d'enfilade des mitrailleuses et de l'artillerie allemands lui causent de lourdes pertes. Cette offensive du 33e Corps, que l'on peut qualifier d'improvisée, est un échec. Si les positions parvient à être maintenues, il n'y a aucun gain de terrain.De son côté, le 20e C.A. connaît de violents combats à Neuville Saint-Vaast. il réussit à conquérir le cimetière mais ne gagne que peu de terrain à l'est du village.Le 12 mai, le 21e C.A., après de violents et acharnés combats, enlève le fortin de Notre-Dame de Lorette, organisation puissamment fortifiée comprenant notamment des abris casemates d'une profondeur de 10 m.
La situation de l'ennemi
Le 13 mai et les jours suivants, les 33e et 21e C.A. repoussent plusieurs contre-attaques. La 13e Division (21e C.A.) voit son attaque bloquée à droite par le fortin de la Blanche Voie et stoppée au nord par le plateau de Lorette par un violent bombardement. Cependant, elle parvient à gagner les pentes qui descenddent vers la Sucrerie d'Alain et s'y maintenir. La résistance du fortin de la Blanche Voie arrête par des feux de revers la 70e Division et lui fait perdre une partie du village d'Ablain-Saint-Nazaire. La 77e Division, quant à elle, échoue dans son attaque du château de Carleul en portant son effort sur Souchez. Au final, ni Souchez ni Neuville-Saint-Vaast ne sont pris à l'ennemi. Il est évident que ce dernier s'est renforcé et que ses organisations défensives sont plus solides que prévues.La situation des Allemands depuis le 9 mai a changé. Ils ont pris les mesures nécessaires pour accroître leurs forces. Neuf divisions, dont l'une en provenance de Douai, débarquent en renfort. De nouvelles lignes de défense ont remplacé celles qui ont été conquises par les assaillants et ils ont doublé celles que les Français ne sont pas parvenus à prendre. Mais surtout son artillerie lourde s'est renforcée et à partir du 18 une concentration de pièces de tous calibres à tir rapide, bien pourvues en munitions, tient sous son feu le front de la 10e armée. Alors que le 9 mai, les Français dominaient l'artillerie ennemie, celle-ci a repris la supériorité dans ce domaine, un avantage qu'elle ne perdra plus…
L'enlisement de la bataille
Les combats se poursuivent. L'objectif est désormais de prendre la crête de Vimy, un instant atteinte le 9 mai et qui barre tout l'Est du champ de bataille.Mais cette crête est couverte par deux bastions : Neuville Saint-Vaast qui résiste toujours et plus au nord, Souchez. il est nécessaire avant de donner l'assaut définitif de faire sauter ces deux positions avancées. Selon une note du 17 mai « les opérations en cours ont pour objet la conquête de ces deux points d'appui, tandis que sur tout le front d'attaque une minutieuse préparation est activement poussée. On peut espérer que cette préparation sera complète au moment où tomberont les deux bastions attaqués. Il sera alors possible d'enlever d'un seul élan toute la crête de Vimy et de rompre le front allemand.» On espère que ces deux points d'appui tomberont « dans une huitaine de jours » soit autour du 25. il n'en sera rien…Sur le terrain, du 22 au 29 mai, les Français doivent faire face à de violentes contre-attaques sur tout le front notamment sur la cote 123, Neuville-Saint-Vaast et les pentes de Notre-Dame de Lorette. L'ennemi ne parvient pas à entamer les lignes françaises, il est repoussé avec de lourdes pertes.
Le 25, pour réduire la poche que forme le village de Souchez à l'intérieur des lignes françaises, les 9e et 21e C.A. réalisent une attaque concentrique qui se poursuit le lendemain mais sans résultat.Du 27 mai au 2 juin, il n'y a plus que de actions locales. Les jours suivants, le 21e Corps élargit les positions conquises sur le plateau de Lorette, le 33e prend Ablain-Saint-Nazaire.et la sucrerie à l'ouest de Souchez. Enfin, le village de Neuville Saint-Vaast, disputé maison par maison tombe entre les mains de la 5e Division et la 53e s'empare de la quasi-totalité de l'ouvrage du Labyrinthe.
La bataille du 16 juin
Le 10 juin, les Français débutent une préparation d'artillerie pour démolir les organisations ennemies avec toujours pour objectif la crête de VImy (cotes 119, 140, La Folie, cote 132, Point du jour). Sur ce front de près de 10 km sont disposés du nord au sud le 33e, le 9e, le 2e C.A. complété de la 53e Division, le 10e et le 17e C.A.
Les 13 et 14, l'artillerie exécute au cours de plusieurs heures de violents tirs à cadence rapide. Le 16, à midi, l'infanterie part à l'assaut alors que se déclenche un tir d'efficacité de toutes les pièces d'artillerie y compris les contre-batteries ce qui surprend les Allemands mais qui surtout réduit sensiblement les pertes françaises. Alors que les 21e et 33e C.A. avancent assez rapidement, les autres corps progressent avec difficulté. En fin de journée, le 21e C.A. et la Division Marocaine ont progressé sur le plateau de Notre-Dame de Lorette et au sud-ouest de Souchez. Cependant de très violents tirs de barrage ont arrêté le 9e Corps et la gauche du 2e. Enfin à la droite du 20e C.A., les contre-attaques ennemies ont eu pour conséquence la perte du terrain gagné. Le lendemain, 17 juin, aucun progrès n'est observé. Du 19 au 23 juin, les 2e, 10e et 17e C.A. se trouvent dans une situation défensive sans être en mesure de progresser et le 21e C.A. ne peut conquérir Ablain-Saint-Nazaire entièrement. À partir du 25, la situation se stabilise sur le front. Les contre-attaques ennemies, la solidité de ses organisations défensives, la puissance de son artillerie lourde bien approvisionnée ne permettent plus d'espérer des résultats. Dans ces conditions, le général D'Urbal décide de suspendre les opérations d'ensemble;
Si cette offensive d'envergure n'a pas atteint les objectifs prévus, elle n'en a pas moins obtenu d'importants résultats. La 10e Armée a fourni d'incessants efforts pendant des semaines, conquis 24 canons, 134 mitrailleuses, fait 7 450 prisonniers. Mais le bilan est lourd. Pour la période du 9 mai au 16 juin, les Français ont perdu 2 260 officiers (dont 609 tués), 100 249 soldats (16 194 tués, 63 619 blessés, le reste étant disparus).De cette bataille, le G.Q.G. tirait deux enseignements : le premier et le principal était qu'il fallait pousser les réserves en avant le plus possible ; le second est qu'il fallait élargir le front des attaques. «Il est nécessaire, de procéder par attaques simultanées et jointives, sur un grand front, de manière que l'ennemi soit contraint de disperser ses moyens. Toute attaque étroite et détachée de l'ensemble des attaques échoue ou procure un succès qui ne peut être maintenu; l'ennemi peut en effet concentrer sur elle grâce à la grande partie des armes, les feux provenant des parties voisines et non attaquées de son front.»Reste quue parmi la vaillance exercée par tous les hommes au combat dans cette bataille, un homme parmi tant d'autres est mis en exergue : Pétain. « Il faut en effet devant les armes terribles dont on fait actuellement usage, que le défenseur soit réduit à rien ou à presque rien pour que l'attaque progresse dans la position conquise. Cette réduction, c'est à l'artillerie, que très judicieusement, le général Pétain demande de l'opérer. Son artillerie, surveillée par lui, a rendu ce qu'il désirait qu'elle rendit, et c'est pourquoi son infanterie a si vaillamment bondi hors de ses tranchées et enfoncé les lignes allemandes.» (Journal du général Buat, 18 avril-14 mai 1915)
La mission des éléments du 33e Corps d'Armée
L'ordre d'attaque règle ainsi la mission des éléments du 33e C.A. :
- La Division Marocaine attaquer en direction des hauteurs 140 qu'elle ccupera solidement au nord-est ;- La 77e D.I. attaquera en direction du bois de Cabaret-Rouge, Givenchy. Elle laissera des garnisons au Cabaret-Rouge, face à Souchez et face au bois de Givenchy ;- La 70e D.I. attaquera Carency vers le sud. Ce village conquis, elle lancera l'offensive vers Souchez en liant son mouvement à ceux du 21e C.A. et de la 77e D.I.
Le général Bardot
Ernest-Jacques Barbot est né à Toulouse le 19 août 1855. Élève à l’École militaire de Saint-Cyr à l’âge de 20ans, il en sort sous-lieutenant le 1er octobre 1877. Dix ans plus tard, il devient capitaine puis est nommé colonel en 1912. Promu au grade de général le 8 septembre 1914, il met en échec les troupes allemandes, conduites par le prince héritier Rupprecht de Bavière, de prendre Arras en octobre 1914. À Souchez, le 10 mai 1915, il est blessé et meurt au combat. Il repose à la nécropole de Notre-Dame-de-Lorette où un monument a été élevé à sa mémoire et à celle de ses troupes de la 77e division le 9 mai 1937.
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