Les infirmières dans la Grande Guerre
- Rose Hareux
- Jul 9, 2024
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Dès les premières semaines de guerre, devant l'afflux des soldats blessés en provenance du front, les hôpitaux sont rapidement débordés. Les infirmières étant peu nombreuses, il est alors fait appel aux femmes disponibles et volontaires pour panser, soulager, accompagner vers la mort les soldats. Elles exerceront dans les hôpitaux, les établissements réquisitionnés (hôtels particuliers, palaces, écoles etc) et même au front
La mobilisation des infirmières soignantes comptait trois catégories :- Les infirmières professionnelles (peu nombreuses ;- Les infirmières temporaires des hôpitaux militaires. Une nouvelle catégorie créée par le décret du 8 mars 191 ;- Les infirmières des trois sociétés de la Croix-Rouge : Société de Secours aux Blessés Militaires (S.S.B.M.) ; Association des dames de France (A.D.F.) et Union des Femmes Françaises (U.F.F.).
Les trois catégories
Les infirmières professionnelles, peu nombreuses, étaient formées dans des écoles créées en France au début du XXe siècle suite à des directives ministérielles. La première école d’infirmière créée fut celle de la Pitié-Salpetrière en 1907. Ces infirmières diplômées assuraient les soins dans les hôpitaux publics et s’occupaient en temps de guerre des blessés militaires. Certaines appartenaient de façon permanente aux hôpitaux militaires.Les infirmières temporaires étaient engagées essentiellement dans les hôpitaux militaires pour la durée de la guerre et six mois après. Cette nouvelle catégorie avaient été créée par le décret du 8 mars 1916. Ces femmes volontaires, désireuses de travailler dans les hôpitaux, voulaient se rendre utile auprès de blessés. Ne disposant pas de ressources qui leur auraient permis un bénévolat au sein des rangs de la Croix-Rouge de guerre, elles étaient rétribuées comme infirmières militaires du cadre permanent et en fonction de leur grade à savoir : stagiaire, titulaire et principale. Elles devaient prouver leurs aptitudes et connaissances nécessaires, passer un examen sur titres en présentant soit un diplôme, soit avoir effectué un stage bénévole d’au moins un an dans un hôpital ou bien dur encore être titulaire d’un certificat obtenu au terme d’une formation spécifique accélérée d'une de trois mois. Le recrutement des infirmières temporaires et l’enseignement théorique ont été rendus possibles grâce au hôpitaux-écoles et aux livres spécialisés.Ces dames appartenant à la S.S.B.M. étaient, en règle génrale, issues de l'aristocratie ou de riches roturières montrant une certaine autorité. Les femmes de l'U.F.F. étaient cultivées, ou prétendaient l'être exerçant des professions comme institutrices, fonctionnaires.
Les infirmières alliées
Pour faire face à l'intensification des combats et donc du nombre accru des blessés, les Aliés envoient en renfort leurs équipes d'infirmières.. Les Américaines s'installent dans un premier temps à l'hôpital de Neuilly, les Japonaises à l'hôtel Astoria, les infirmières au Pré Catelan, les infirmières belges, britanniques et canadiennes dans le nord de la France. Au total ce sont près de 20 000 infirmières étrangères qui traversent mers et océans pour se mettre à disposition des services de santé. Pourtant certaines d'entre elles se heurtent à l'administration militaire comme Elsie Inglis, chirurgienne écossaise qui avait formé une équipe nommée la Scottish Women's Hospitals. L'état-major anglais comme reconnaissance l'avait éconduit en ces termes : «Ma chère dame, si vous voulez bien rester chez vous et attendre tranquillement la fin de la guerre » Ne s'en laissant pas compter, elle sollicitera la Croix-Rouge française qui mis à sa disposition un endroit à 50 km du front à l'abbaye de Royaumont… Là, elle dut installer le chauffage, faire amener du matériel, aménager les locaux, obtenir l'agrément des autorités françaises avant de pouvoir accueillir des blessés.
L'horreur au quotidien
Si en août 1914 on imaginait une guerre de courte durée, less médecins et les infirmièresn'imaginaient pas devoir faire face à une telle gravité de blessures due notamment aux artilleries. Elles sont rapidement confrontées à l’horreur, lorsque les blessés leur arrivaient le ventre déchiqueté, les pieds arrachés par des éclats d’obus alors qu’elles pensaient donner aux soldats que du réconfort et panser quelques plaies légères reçus par balles.L’une d’entre elles raconte : « Je tente de déshabiller un malheureux mais devant ses hurlements, je m’arrête effrayée, et j’appelle un médecin. Il a tout le bas ventre enlevé, la vessie déchirée et un pied écrasé. On le chloroforme, et dans son rêve, il se croit toujours à la bataille et sa voix douce est devenue terrible. » (1)Très actives, ces femmes ingénues ne sont en aucun cas préparées à faire face à cette boucherie. Certaines ne tiennet pas moralement, physiquement devant cette dure épreuve qui leur est imposée. D’autres, en revanche, ont supporté l'âpreté de leur tâche et ont énormément travaillé ne comptant pas leurs heures, terminant leurs journées exténuées, procurant un grand soulagement physique et moral aux soldats.À partir de 1915-1916, face à l’urgence et l’afflux de blessés, toutes les voies d’évacuation des blessés sont utilisables et utilisées. Les infirmières sont embarquées dans les péniches, des trains sanitaires. Elles sont partout sollicitées. Les évacuations en trains s'effectuent sans relâche. Aussitôt vidés de ses blessés, les trains repartent chercher ceux qu’il convient d’évacuer, emmenant ces «anges blancs», parfois au péril de leur vie. L'une d'entre elles témoignent de cette peur, de la difficulté de ces trajets ferrovaires : « Nous allions rentrer en gare, nous entendions un coup de canon formidable, un furieux déplacement d’air se produit et avant même que nous ayons eu le temps de penser, une énorme masse vient de s’abattre à 15 mètres du train. Partout la terre a sauté, nous voyons de la fumée produite par l’éclatement des obus, des paquets de boue ont été projeté sur nos wagons sont entrés par les portières dont les vitres viennent d’être brisées. Je reçus je ne sais d’où, de la terre sur la tête. » (2)Le voyage en temps de guerre est certes est difficile, contraignant, avec beaucoup d’incertitude : « On sait quand on part, mais on se demande toujours quand on arrivera. Nous sommes fatiguée de ces 77 heures de voyage sans arrêt, j’ai été malade comme un chien, c’est affreux. Je suis brisée » (3)« Ces hommes souillés couverts de poussière et de sang, vêtus d’uniformes en loques, troués par les balles ou coupés pour les pansements gémissaient en se plaignant doucement. Quand on s’en approchait une odeur acre de sang, de transpiration, et de fièvre nous prenait à la gorge. Nos soldats taisent; il y a beaucoup de grand blessés » (4)
Un réconfort moral
Les infirmières ont eu un rôle de première importance à cette époque, s’occupant de beaucoup de choses : les soins, la cuisine pour les blessés, le ménage, apportant un peu de gaité et de réconfort auprès de ces soldats qui ont vu les pires horreurs.Au chevet de ces malheureux blessés, les doux «anges blancs» incarnant la mère, la sœur, la fiancée absentes, tentaient de soulager par des gestes tendres et des mots doux, les atroces douleurs des blessés. Elles rédigeaient le courrier destiné aux familles afin de les rassurer. Pour un court instant, ils en supportaient leurs blessures.Ces soignantes si dévouées lisaient le courrier expédié par leur épouses, mères, fiancées et marraines de guerre incapable de lire eux même ces lettres tant attendues. Ils souriaient aux mots tendres de leur épouse ou fiancée. Dans l'horreur ambiante, le courrier étant la soupape de sécurité. Aussi, pour aider à la toilettes de ces hommes, qui par leur position, leur état ou leur blessure étaient incapables de le faire eux-mêmes, elles soulevaient des cuvettes et s’affairent délicatement souvent accompagnées de paroles les réconfortant.
De dures conditions de travail
De plus en plus sollicitées, les infirmières ont eu un rôle de plus en plus important, tels que l’accompagnement des médecins et brancardiers sur les champs de bataille afin de les seconder (panser, perfuser et rassurer) Aussi, les médecins demandent à ces nouvelles infirmières de s’acclimater aux technologies de la chirurgie moderne.Leur mission est dangereuse, elles sont exposées au bombardement, à l’artillerie et aux attaques au gaz.
Parfois elles on été malheureusement blessées, les éclats d’obus ne faisant pas de distinction entre les soldats et le personnel soignant. Les infirmières se sont exposées aux dangers pour accomplir au mieux leurs différentes missions. Elles ont été jusqu’au dépassement de leurs limites et de leurs forces voires jusqu’à l’épuisement et même l’effondrement. Ce qui les exposées aux maladies.Si les conditions de travail sont le plus souvent difficile dans les zones proche des théâtres d’opérations, évidemment les conditions de vie et d’hébergements pour ces femmes sont rudimentaires. Elles sont logées sous des tentes, dans des cabanes en bois ou parfois chez l’habitant, dans des trains sanitaire ou encore au bord de navires hôpitaux. Ce qui a posé cela va sans dire des problèmes de promiscuité…Les infirmières ont été également des victimes de la Grande Guerre. Plus de 350 d'entre elles ont été tués. La Croix-Rouge a dénombré 105 infirmières tuées au cours de bombardements et attaques ennemies. 246 sont décédées des suites de maladies comme la tuberculose, contratées pendant leur mission. Certaines ont été mises à l'honneur amis relativement peu puisque seulement 300 d'entre elles ont été décorées entre 1916 et 1920.
(1) Source : Croix-Rouge dans la guerre.
(2) Source: Journal de la Marie Gabrielle Mezergue.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
L'appellation «infirmière»
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les religieuses ont le quasi-monopole des soins. Mais les découvertes de Pasteur, les progrès de la médecine et des techniques médicales impliquent de nouveaux gestes d’hygiène et de stérilisation. Il faut former le personnel hospitalier pour aider les médecins. C’est à ce moment là qu’apparaît officiellement l’appellation « infirmière ». Lors d’une distribution de prix en 1905, le corps médical décrit l’infirmière ainsi : «Nous la choisirons autant que possible parmi ces vaillantes filles du peuple qui, à force d’intelligence et d’énergie, sont parvenues à s’instruire. […] Nous la désirerions mariée et mère de famille, car il est des délicatesses de sentiment pour les faibles et les enfants qui ne s’épanouissent complètement que dans les coeurs des mères… »À cette époque, le rôle de l’infirmière est en quelque sorte copié sur celui de la femme au foyer. On lui demande de faire preuve de soumission, cde ompétence ménagère et dévouement !
Un monument « à la gloire des infirmières françaises et alliées victimes de leur dévouement » a été érigé à Reims après la Grande Guerre. Il a été financé par une souscription internationale lancée par un Comité d'honneur – qui avait reçu le soutien des plus hautes autorités de la République française et de nombreuses personnalités des pays alliés de la France pendant la Première Guerre mondiale –. Érigé au centre du square de l'Esplanade Cérès, devenue depuis 1932, place Aristide Briand, il a été réalisé par l'architecte Charles Girault et le sculpteur Denys Puech. Le monument est constitué d'une colonne cylindrique entourée dans sa partie supérieure d'une frise de lauriers et surmontée d'une urne funéraire entourée d'une guirlande et décorée de pommes de pin, symbole d'éternité. l'une de ses faces représente deux infirmières soignant un blessé, l'une est à genoux et essuie son visage tandis que l'autre, debout, prend son polu au poignet. Ce monument porte cette inscription : « Sur terre et sur mer elles ont partagé les dangers du soldat. Elles ont bravé dans les hôpitaux bombardés et torpillés le feu de l'ennemi, la contagion, l'épuisement. En consolant la douleur elles ont aidé la victoire. Honneur à elles. Elles vivront à jamais dans le souvenir de leurs patries fières et reconnaissantes. » Ce monument a été inauguré le 11 novembre 1924, en présence des autorités civiles et militaires de Reims, du cardinal Luçon, archevêque de Reims, du pasteur Gonin, du rabbin Hermann, du général Pau, président de la Croix-Rouge française, et d'une délégation des trois sociétés de la Croix-Rouge française.
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