Monument de l'Escadrille La Fayette
- Rose Hareux
- Jul 9, 2024
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Sur la commune de Marnes-la-Coquette, située à l'ouest de Paris, un monument aussi majestueux que méconnu a été érigé à la mémoire des aviateurs américains de l'Escadrille La Fayette morts en France en venant prêter main forte à leurs homologues alliés durant la Grande Guerre.
Dans un discours prononcé devant la Chambre des Communes le 29 octobre 1917, le Premier ministre britannique David Lloyd George évoque ainsi l'engagement des aviateurs de l'Escadrille La Fayette : « Ils rappellent les jours légendaires de la Chevalerie, non seulement par la hardiesse de leurs exploits, mais par la noblesse des sentiments qui les animent.» Il fallait assurément qu'au lendemain de la guerre un monument à la gloire de ces héros de l'air américains soit édifié sur le sol de France qu'ils étaient venus défendre à nos côtés... Inauguré en 1928, le La Fayette Escadrille Memorial Cemetery rappelle à la fois les débuts de l'aviation militaire américaine et l'engagement volontaire de jeunes pilotes américains aux côtés des escadrilles françaises bien avant l'entrée en guerre des États-Unis en 1917. Symbole fort de l'amitié franco-américaine née en 1777 lors de la guerre d'Indépendance, ce lieu est depuis 2017 la propriété de l'American Battle Monument.
Au nom d'une amitié ancienne
Lorsque le conflit éclate en août 1914, de nombreux fils de bonne famille américains séjournant alors en France demandent à être affectés dans l'aviation, étant pour la plupart des pilotes amateurs. Ce qui leur est refusé car les États-Unis sont neutres à l'époque, si bien que beaucoup s'engagent dans la Légion étrangère. Parmi ceux-ci, William Thaw et Norman Prince militent pour la création d'une escadrille entièrement américaine, appuyés par le Docteur Edmund Gros, l'un des fondateurs de l'Hôpital américain de Neuilly. Au cours de l'année 1915, un comité franco-américain est constitué dans le but de créer cette escadrille et en décembre, ils rencontrent René Besnard, le sous-secrétaire d'État chargé de l'Aéronautique militaire au sein du ministère de la Guerre. Il leur donne un accord de principe et le 21 mars 1916, l'Escadrille américaine N 124 est créée. Le 20 avril suivant, elle est déployée sur le terrain de Luxeuil-les-Bains, sous le commandement du capitaine Georges Thenault. Lorsqu'en décembre 1916 les Allemands protestent contre cette rupture de neutralité des États-Unis, l'escadrille prend l'appellation de La Fayette. Après l'entrée en guerre des Américains en avril 1917, l'escadrille est intégrée à l'United States Army Air Service. En février 1918, elle devient le 103rd Aero Squadron américain, tandis que la nouvelle escadrille SPA 124 est officiellement créée le 4 avril 1918, reprenant la tradition de cette unité.
De généreux fondateurs
La paix revenue, les gouvernements et les états-majors militaires de France et des États-Unis sont convaincus que l'alliance franco-américaine, née de la Guerre d'Indépendance et ravivée en 1917, doit être entretenue et perpétuée à travers le symbole fort que constitue l'Escadrille La Fayette. L'idée d'un monument dédié au sacrifice des pilotes américains tombés en France nait à l'initiative d'un ancien d'entre eux, le lieutenant Edgar Guerard Hamilton. Ce dernier participe alors à la recherche des corps de ses camarades disparus et imagine que ceux de l'escadrille La Fayette pourraient être regroupés dans un même lieu. Son projet est accueilli avec enthousiasme des deux côtés de l'Atlantique et en 1923, l'association "Mémorial de l'Escadrille La Fayette" est créée afin de lever les fonds nécessaires. C'est un avocat américain installé à Paris, William Nelson Cromwell, qui organise le financement et fédérer les nombreux donateurs américains et français. Les pilotes américains de l'Escadrille venaient souvent d'un milieu très aisé, si bien que le budget est rapidement rassemblé. Parallèlement, le gouvernement français fait don d'un vaste terrain situé dans le parc du château de Villeneuve-lʼÉtang, à Marnes-la-Coquette. La construction et l'aménagement du site débutent en 1926 et deux ans plus tard, l'inauguration a lieu le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, en présence de l'ambassadeur des États-Unis Myron Timothy Herrick, du maréchal Ferdinand Foch, du ministre de la Guerre Paul Painlevé et du président du Sénat Paul Doumer. D'anciens pilotes ainsi que les familles de disparus ont fait le voyage et les discours émouvants se succèdent, dont celui de Georges Thenault qui commanda l'unité pendant deux ans. En 1930, William N. Cromwell créée la “Fondation du Mémorial de l'Escadrille La Fayette” qui devient propriétaire du site en 1932. Au décès de Cromwell en 1948, son testament attribue la somme de 250 000 de dollars à la fondation. Ce montant très important pour l'époque était censé assurer à perpétuité l'entretien du mémorial et du parc.
Un vaste mémorial
La conduite des travaux, dont le montant total atteindra 5,8 millions de Francs, est confiée à Alexandre Marcel, l'architecte en chef du gouvernement. Le mémorial est constitué d'un arc de triomphe flanqué de portiques donnant accès à une crypte. La statuaire et les inscriptions ont été assurées par les sculpteurs Marcel Renard et Ernest Dubois. L'ensemble est réalisé en pierre de taille (calcaire) et la décoration intérieure comprend des mosaïques en céramique (Maison Gentil & Bourdet) ainsi que des vitraux conçus par l'entreprise Mauméjean Frères. De chaque côté du monument sont inscrits les noms des pilotes morts au combat ainsi que les principales batailles où ils ont servis. Au dessus de l'arche, face Ouest, est gravée la dédicace “À la mémoire des héros de l'Escadrille La Fayette morts pour la défense du droit et de la liberté”, tandis que la même en Anglais figure sur la face Est. Sous l'arche les portraits de La Fayette et de Washington se font face et au sol, on trouve une mosaïque représentant la fameuse tête de sioux, insigne de l'escadrille. Dans la crypte, décorée de 13 vitraux évoquant les faits d'armes de l'Escadrille, se trouvent 68 sarcophages au nom des pilotes morts au combat, ainsi que ceux de deux officiers français, le général Brocard et le lieutenant-colonel Thenault qui avaient souhaité être inhumés par la suite aux côtés de leurs frères d'armes.
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