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Orléans

Au lendemain de la Grande Guerre, l'agglomération orléanaise rend hommage à ses soldats tombés au front à travers deux monuments aux morts, l'un au nord de la commune ; l'autre au sud de la Loire. Parallèlement, un imposant monument à la victoire est érigé sur les mails ceinturant le centre ville.

 

La ville d'Orléans, préfecture du Loiret, est située à l'ouest du département, à un peu plus de 120 km au sud de Paris. Son implication durant le premier conflit mondial est important, que ce soit au niveau des infrastructures industrielles et militaires qui s'y trouvent alors, mais aussi par le nombre de soldats tués. En effet, le Loiret compte parmi les départements ayant subi les plus lourdes pertes humaines, avec 13 990 "Morts pour la France" sur une population totale de 364 061 habitants selon le recensement de 1911, soit une moyenne de 3,84 %. La ville d'Orléans compte 63 883 habitants à cette même époque, dont 2 602 combattants seront déclarés «Morts pour la patrie». Ces disparitions se traduiront par un devoir de mémoire particulièrement soutenu dans une ville qui célèbre tous les ans depuis plusieurs siècles, Jeanne d'Arc, celle qui l'a délivrée en 1429 et qui est devenue un symbole patriotique fort au fil du temps.


Une ville dans la guerre


Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Orléans est une cité prospère qui bénéficie d'une liaison ferroviaire directe avec Paris depuis ses deux gares situées au centre ville et aux Aubrais dans la banlieue nord. Depuis la fin du siècle précédent, Orléans est également une importante ville de garnisons qui accueille notamment le Quartier général du 5e Corps d'armée. Elle abrite ainsi pas moins de sept quartiers militaires, parmi lesquels la caserne Coligny où est installé le 131e Régiment d'Infanterie et celle du quartier de Bel Air qui loge le 32e Régiment d'Artillerie. En 1916, l'Armée qui souhaite faire d'Orléans un important centre militaire de l'arrière, construit un bâtiment destiné aux services d'intendance du Génie et de la Santé, à deux pas de la cathédrale. Pendant les quatre années de guerre, Orléans concentrera un grand nombre de réfugiés qui ont fui les zones de combats, mais également plusieurs milliers de prisonniers allemands qui sont retenus sur le champ de manœuvres des Groues dès 1915. La ville ligérienne devient également un centre médical de premier ordre avec, en plus des 1 100 lits de l'hôpital, pas moins de 40 lieux aménagés pour accueillir jusqu'à 230 blessés chacun. Durant le conflit, l'Armée devient le premier client des usines d'Orléans qui sont spécialisées dans le textile, la mécanique, la conserverie et le tannage. Ainsi, les établissements Rime-Renard et Ponroy-Pesle emploient jusqu'à 7 000 ouvrières pour la réparation des uniformes, tandis que le constructeur automobile Delaugère et Clayette a reconverti son activité dans la fabrication d'obus et de munitions.


Le monument du grand cimetière


Le 2 novembre 1919, la première cérémonie en mémoire des soldats orléanais tombés pour la patrie est organisée par la municipalité. Un cortège part de l'Hôtel de ville jusqu'au carré militaire situé dans l'enceinte du Grand cimetière de la ville où reposent des soldats français, mais aussi des combattants des armées alliées. Cet espace est alors entretenu par Le Souvenir Français qui y a précédemment édifié un monument de la guerre de 1870-1871. Le 26 novembre 1919, le conseil municipal d’Orléans créée une commission chargée de l’étude pour un monument érigé dans le Grand Cimetière et pour un monument aux vainqueurs de la Grande Guerre édifié sur une place publique de la ville. Différentes associations de combattants et de mutilés sont invitées à participer à ce projet et un grand concours est ouvert en août 1922. Le budget prévisionnel s’élève à 20 000 francs pour le premier monument et à 130 000 francs pour le second, financé aux deux autres tiers par la municipalité.


Concernant le monument du cimetière, le choix du jury se porte parmi dix propositions sur celui de l’éditeur-statuaire orléanais Marcel Marron (1877-1954) qui dirige Les Grands Ateliers Jeanne d'Arc. Il s'agit d'un temple rectangulaire comprenant quatre piliers à section carrée dont les angles extérieurs sont ornés de branches de chêne et de laurier. Ils supportent un entablement très sobre, à fronton triangulaire comportant sur l'avant l'inscription "À nos morts" et une Croix de Guerre encadrée par les dates 1914 et 1918. Au centre de l'ensemble, se trouve un cénotaphe sur lequel repose, légèrement incliné vers l'avant, un poilu casqué gisant dans les plis d'un drapeau. Cette sculpture est l'œuvre de l'artiste orléanais Luc Maliba (1888-1942). Le modèle en fut présenté à Paris au Salon de la Société des Artistes français de 1924. Cet imposant monument en calcaire pesant près de 40 tonnes est inauguré le 2 novembre 1924.


Le monument de la victoire


Quelques jours plus tard, le 23 novembre 1924, le Monument de la Victoire est inauguré à son tour par le maire Albert Laville en présence du maréchal Joffre dont le fils, tué le 22 août 1914, fut aspirant au 131e R.I. L'édification de ce monument haut de 14 mètres et pesant 137 tonnes a régulièrement été perturbée.


À commencer par son inauguration, initialement prévue le 11 novembre, et qui doit être reportée au 23 suivant, car la sculpture en bronze qui couronne la colonne de pierre n'est toujours pas fondue. Une maquette en plâtre patiné sera mise en place provisoirement pour la cérémonie. Pour ce monument "À la gloire des enfants d'Orléans", 17 projets ont été présentés, dont quatre par l'architecte Henri Malfray (1882-1932) et son frère sculpteur Charles (1887-1940). Les deux Orléanais remportent le concours grâce à la réputation internationale de Charles, second prix de Rome de sculpture en 1920 et le projet est officiellement approuvé par la Préfecture le 12 décembre 1922. Les travaux débutent dès janvier suivant, mais les difficultés financières des frères Malfray, ainsi que certaines polémiques autour des sculptures retardent considérablement leur achèvement.


La réception des travaux n'aura finalement lieu qu'en janvier 1930 et pour ne rien arranger, le budget final est dépassé de 89 000 francs ! Le monument est composé d’un large socle en pierre dure de Lorraine sur lequel repose un quadrilatère avec à ses angles quatre figures de jeunes femmes symbolisent la jeunesse. Une colonne surplombe ce piédestal et se termine par un groupe en bronze représentant une victoire ailée couronnant de lauriers un héros. À peine dévoilées, les statues sont vivement critiquées, notamment celle du héros symbolisant le Poilu victorieux dont la taille des «attributs masculins» heurte la pudeur des Orléanais. Par ailleurs les quatre figures féminines au pied de la colonne sont jugées trop en chair et dans un style proche de l'art "germanique". Enfin, ce monument sera déplacé à deux reprises : une première fois, le 1er février 1960, sur 83 mètres vers l'Ouest, sur le Boulevard de Verdun où il se trouvait déjà. Puis le 30 décembre 1986, lors de l'aménagement du nouveau quartier de la gare qui nécessite de la transporter un kilomètre vers l'Est, sur le boulevard Alexandre Martin, l'endroit ayant été rebaptisé depuis Esplanade du Souvenir français.


 

Saint-Marceau veut son monument


Le troisième monument orléanais se situe en rive sud de la Loire, sur la place Domrémy dans le quartier Saint-Marceau, en face de l'église du même nom. En 1921, le comité de ce quartier souhaite édifier son propre monument. Dans ce sens, une souscription publique est organisée par l'amicale des anciens combattants de Saint-Marceau pour financer le projet. Lorsque les fonds sont réunis, la mairie d'Orléans suggère que le monument soit érigé dans le cimetière communal du quartier. Cela provoque un tollé des habitants si bien qu'en 1924, l'emplacement initialement prévu est autorisé par décision municipale.


La conception du monument est confiée à un architecte orléanais réputé, Constant Coursimault (1879-1942) qui a dessiné de nombreux immeubles prestigieux dans l'agglomération orléanaise. Le monument de Saint-Marceau est inauguré le 19 avril 1925, mais la partie supérieure qui est encore inachevée est ornée de faisceaux de drapeaux qui laisseront place plus tard à une vasque avec une flamme évoquant le souvenir des disparus. Les noms de 283 soldats morts au cours de la Grande Guerre sont gravés sur les quatre faces, ainsi que les lieux des principaux combats auxquels ils ont participé.


 

Un souvenir entretenu


De nombreux lieux publics d'Orléans ont consacré une plaque ou un monument à la mémoire des morts de 1914-1918. La Cathédrale Sainte-Croix possède ainsi plusieurs stèles commémoratives saluant l'engagement des combattants britanniques et américains tombés en France. Dans la chapelle, à côté, se trouve un monument paroissial, des vitraux et une statue de Jeanne d'Arc. L'église Saint-Paterne, en face de laquelle se trouvait initialement le monument de la victoire, dispose elle aussi de nombreux vitraux évoquant le patriotisme des Poilus. On trouve également des plaques commémoratives dans des établissements scolaires comme le Lycée Pothier où l'École normale. Enfin, un monument aux morts du 131e R.I. a été érigé par Le Souvenir Français dans l'ancienne caserne Coligny qui est maintenant une cité administrative.

 

 

 

 

 

 
 
 

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