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Rambouillet


Le monument aux morts de la ville de Rambouillet est composé d'un ensemble de cinq figures allégoriques incarnant chacune l'une des cinq longues années de la Grande Guerre. Et à chaque année est associée une victoire majeure de l'armée française et de ses Alliés.

 

Au moment de la Première Guerre mondiale, la commune de Rambouillet se situe dans l'ancien département de la Seine-et-Oise qui occupait la partie ouest de l'actuelle Île-de-France et dont elle est l'une des sous-préfectures. De par sa position, à 45 kilomètres au sud-ouest de Paris, Rambouillet se trouve en plein sur le trajet du contournement de la capitale par l'armée allemande prévu dans son fameux plan Schlieffen de 1905. Au tout début septembre 1914, Rambouillet voit ainsi affluer les premiers réfugiés arrivant de Belgique et du Nord de la France. La ville restera durant tout le conflit un passage obligé pour la logistique, le ravitaillement et le cantonnement des troupes à l'arrière. Selon le recensement de la population de septembre 1913, Rambouillet compte 6488 habitants. Les soldats du canton mobilisés en août 1914 se regroupent dans le quartier militaire de la Vénerie, situé derrière le château, qui héberge alors le 12e Régiment de Cuirassiers.


En présence du Président


Le projet de construction d'un monument en hommage aux Rambolitains morts pour la France remonte à 1915, avec un vote du Conseil municipal dans ce sens en date du 16 février. Resté sans lendemain durant toute la guerre, le projet est relancé et définitivement approuvé par la municipalité le 25 mars 1922, puis appuyé par la présidence de la République le 16 juin suivant, ce qui permet d'obtenir une subvention de l'État.


Après avoir prévu son installation en face de la mairie, le monument est finalement érigé sur la place du Palais, rebaptisée pour l'occasion du nom d'André Thome, le député de Rambouillet tué au front. La réalisation du monument est confiée à l'architecte Paul Tournon et au sculpteur Antoine Sartorio. Le budget prévu s'élève à 85 000 francs, mais seulement 68 000 francs ont pu être rassemblés, dont les deux tiers de la somme ont été réglés par la famille Thome. Le projet est alors simplifié et les deux statues qui devaient initialement prendre place sur les piédestaux de chaque côté sont supprimées. En mai 1922, le lancement des travaux est retardé car la commission préfectorale d'examen des projets s'inquiète de la qualité de la pierre proposée. Tournon et Sartorio ayant apporté toutes les garanties de résistance et de longévité du matériau, la réalisation peut commencer. La cérémonie d'inauguration a lieu le dimanche 23 septembre 1923 à 16 heures en présence du président de la République Alexandre Millerand, du préfet Auguste Autrand et du maire de la ville, Marie-Jules Roux. Le discours final, prononcé par le représentant des Anciens Combattants M. Lorin, se conclue ainsi : « Ce monument enseignera en outre que notre France républicaine est un pays qui n'entend mettre sa force qu'au service d'une seule cause, celle du droit...»


De la pierre provençale


Le monument aux morts érigés par la ville de Rambouillet possède la particularité de présenter un groupe imposant de cinq figures aux ailes plus ou moins déployées qui se tiennent debout, côte à côte, sur un vaste socle de pierre. Chacune d'elle symbolise une année de guerre et est associée à un champ de bataille victorieux.


Dans son discours d'inauguration de 1923, le maire les décrit ainsi : « 1914, la bataille de la Marne : sursaut de l'âme nationale devant l'ennemi ; 1915, l'Artois : la résistance patiente, héroïque, dans la tranchée ; 1916, Verdun : l'épopée ; 1917, la Somme : les sanglants combats des Flandres, avec déjà une moisson de lauriers et enfin 1918, la Marne : la débâcle allemande cette fois et notre victoire définitive, revanche de 1870...»


Ainsi, de la Marne à la Marne, la chronologie victorieuse est bouclée et cette progression vers la paix est soulignée par une palme d'abord penchée vers le bas en 1914, pour devenir progressivement une couronne posée sur la poitrine en 1917 et finalement brandie victorieusement au dessus de la tête en 1918. La statue ailée de cette année-là se détache d'ailleurs légèrement du groupe pour accentuer l'effet visuel. L'ensemble est réalisé en calcaire provenant des carrières d'Estaillades dans le Vaucluse. Les registres officiels de Rambouillet  déplorent 220 victimes de  guerre soit un tiers des  morts recensés pour le  canton. Leurs noms sont gravés dans l'ordre chronologique de leur disparition sous chaque année et au dessus de l'ensemble est inscrite la phrase : « La ville de Rambouillet à ses enfants morts pour la France ». Les noms des hommes de troupe et des officiers sont mêlés, mais le grade des ces derniers est indiqué discrètement en abrégé : CAPNE, LT, SLT. Seule exception à cette règle d'égalité, le nom du Sous-Lieutenant André Thome, ancien député de l'arrondissement de Rambouillet, tombé le 10 mars 1916 au bois des Caures au nord de Verdun. Il figure en tête de la colonne de l'année 1916, ce qui lui permet d'être en position centrale sur le monument, avec son titre de Député écrit en toutes lettres.


Des artistes réputés


L'architecte Pierre Tournon et le sculpteur Antoine Sartorio sont tous les deux des combattants de la Grande Guerre. Le premier (1881-1964), originaire de Marseille, a été reçu second Grand Prix de Rome en 1911. Il a été chargé de la reconstruction de la ville Compiègne au lendemain du conflit et a occupé les fonctions de président de la Société des architectes, de Directeur de l'École Nationale des Arts Décoratifs et a été élu membre de l'Académie des Beaux-Arts. Le second (1885-1988) est né à Menton et a débuté une carrière de sculpteur monumental un peu avant la guerre. Son travail a été récompensé à de nombreuses reprises lors du Salon des Artistes français de 1911 à 1937. Pendant le conflit, il réalise des bas-reliefs et des stèles dans les Vosges où il est cantonné, puis il est affecté à une section de camouflage. Il s'est fait connaître du grand public pour avoir réalisé le monumental cénotaphe installé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile pour la veillée funèbre du 13 juillet 1919.

 

 

 

 

 
 
 

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