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Un monde nouveau


Si déclarer la guerre a été facile, en sortir n’a pas été une simple formalité.Entre 1917 à 1923, un complexe et long cheminement a façonné une nouvelle Europe, fait disparaître l’Empire russe, l’Empire austro-hongrois, l’Empire allemand, fragmenté l’immense Empire turc et bousculé les relations entre la Chine et le Japon.Enfin le 11 novembre 1918, après une succession d’armistices, le canon cesse de tonner sur le dernier front encore en guerre, le front français, celui qui s’étend de la mer du Nord à la Suisse.


Les différents armistices de 1917 à 1918


Le premier armistice est signé dès le 9 décembre 1917 entre l’Allemagne et la Roumanie, vient ensuite, le 15 décembre 1917, celui entre la Russie bolchévique et les Empires centraux. Puis, le 29 septembre 1918, à la suite de la rupture du front d’Orient, la Bulgarie, face aux Alliés, signe son retrait des combats et le 30 octobre 1918 c’est au tour de l’Empire ottoman. Arrive ensuite le 3 novembre 1918 la signature d'un armistice entre l’Autriche-Hongrie et l’Italie et enfin le 11 novembre 1918 celle entre l’Allemagne et les Alliés.Est ce pour autant la fin des combats ? L’Armistice signé dans la forêt de Compiègne entre l’Allemagne et les Alliés n’est pour l’instant qu’un cessez le feu temporaire de trente-six jours.Mais pour certains peuples, se sentant, bien avant 1914, opprimés, rejetés ou colonisés, la guerre leur a déjà permis d’ouvrir quelques portes vers la souveraineté ou l’indépendance.


Une souverainté retrouvée avant le 11 novembre 1918


Tout d’abord, partagée entre les Empires autrichien et russe, l’Ukraine profite de la révolution russe de février 1917 pour proclamer le 17 mars de cette même année, une sorte de république populaire et Kiev déclare son indépendance le 22 janvier 1918. Une indépendance reconnue immédiatement par la France et la Grande-Bretagne. Mais en mars, à la suite du traité de Brest-Litovsk – signé entre les bolcheviks et les Empires Centraux –, Lénine cède l’Ukraine aux occupants allemands. Suit pour l’Ukraine une période particulièrement trouble ou s'oposent les Allemands aux bolchéviks, sans omettre différents comités ukrainiens rivaux qui se disputent le pouvoir.


Puis en 1919, éclate sur le sol ukrainien, un conflit russo-polonais. La France apporte rapidement son aide militaire à l’armée polonaise, pour l’histoire, le capitaine de Gaulle sera présent sur ce front de 1919 à 1921. Dans le même temps l’armée ukrainienne qui doit supporter la présence des troupes bolcheviques, doit également faire face à des opposants anarchistes. Et pour en rajouter, sur le bord de la mer Noire, l’armée russe rouge affronte une armée russe blanche soutenue par les Alliés. Cela amène un contingent français, renforcé par des troupes grecques, polonaises, serbes et roumaines à occuper brièvement les ports d’Odessa et Sébastopol avant d’être obligé de se retirer sous la pression des troupes bolchéviques. En 1920, l’armée Rouge finit par l’emporter et le 30 décembre 1922, l’Ukraine, déjà partiellement dépecée au profit de la Pologne de la Tchécoslovaquie et de la Roumanie par le traité de Versailles, devient une des républiques de l’Union soviétique naissante.Ce premier et simple exemple, illustre la complexité des situations que la guerre, les rivalités, les pourparlers et les traités engendreront.C’est ensuite la Finlande que la Suède avait dû céder à la Russie en 1809. Érigé en grand-duché et ayant une certaine autonomie au sein de l’Empire russe, elle profite, elle aussi, des désordres causés par la révolution bolchévique pour déclarer son indépendance le 6 décembre 1917.


Mais s’ensuit une guerre civile finlandaise entre des formations de gauche et de droite. Les révolutionnaires étant soutenus par les bolchéviques et les blancs par l’Empire allemand. En avril 1918, les gardes rouges sont militairement repoussés et l’indépendance est acquise. Mais l’histoire ne s’arrête pas là pour autant. Un profond et long débat oppose les partisans d’une république à ceux qui défendent l’instauration d’un régime monarchique. En octobre 1918, les blancs, les vainqueurs de la guerre civile et qui sont culturellement proche du Reich, choisissent un prince allemand, mais celui-ci, confronté à la défaite de l’Allemagne, renonce finalement au trône. Un régent est nommé mais lui aussi se retire et le 17 juillet 1919, une République est proclamée.Toujours sur la Baltique, la Lituanie, petite province sous domination russe, profite également de la révolution bolchevique et de la victoire allemande sur le front de l’Est pour proclamer son indépendance le 16 février 1918, une indépendance qui sera officialisée par le traité de Versailles.Par contre pour les provinces russes d’Estonie et de Lettonie, l’heure n’est pas venue, il leur faut venir à Paris à la conférence de la Paix pour faire reconnaître leur souveraineté.Une autre nation profite de la guerre pour s’émanciper.


C’est l’Arménie qui, malgré le génocide qui vient de martyriser son peuple, a exploité les faiblesses de l’administration du sultan et les revers de l’armée turque pour proclamer dès le 28 mai 1918 une république libre et indépendante que la Turquie reconnaît le 4 juin 1918. Mais cette concession se limite à une petite région autour d’Erevan. C’est toutefois la renaissance d’une souveraineté nationale, souveraineté effacée par l’Empire ottoman depuis plus de cinq siècles. Là encore l’histoire est loin d’être terminée et l’Arménie connaîtra encore bien des vicissitudes.


Les attentes de trois peuples


Mais en cette fin d’automne 1918, alors que la défaite des Empires centraux se précise, les velléités de libertés, d’indépendances ou du moins les envies sécessionnistes ou de rattachement à une mère patrie, les mêmes qui déjà en 1914 étaient en parties responsables de la guerre, rejaillissent avec plus ou moins de violence.Trois peuples : les Polonais, les Tchèques et les Slovaques, soutenus par Paris et Londres, n’attendaient que la défaite allemande et la dislocation des Empires russe et austro-hongrois pour proclamer leur indépendance.Les Tchèques et les Slovaques ont installés dès 1916 un gouvernement provisoire à Paris et en 1918, celui-ci dispose d’une force armée, la Légion tchèque formée avec des expatriés et des prisonniers de guerre volontaires. Cette Légion a commencé à combattre en France, en Italie et en Russie. Le 28 octobre 1918, profitant des mouvements révolutionnaires qui se développent en Autriche-Hongrie, un gouvernement tchèque et slovaque est constitué à Paris et la république est proclamée à Prague le 30 octobre 1918, alors que l’Empereur d’Autriche Charles 1er ne signera sa renonciation au trône que le 11 novembre.Pour les Polonais, ce peuple écartelé depuis 1815, l’histoire est plus complexe. En effet, le royaume polonais a été dépecé par trois fois entre 1772 et 1795 par la Russie, la Prusse puis l’Autriche. Ce partage, confirmé en 1815 par le congrès de Vienne, est à comprendre comme une sorte de punition au ralliement des troupes polonaises à l’armée de l’Empereur Napoléon, mais plus encore, c’est surtout le refus par Berlin, Vienne et Saint-Pétersbourg de laisser survivre l’éphémère duché de Varsovie instauré dès 1807 par Napoléon.


Dès 1914, pour Berlin et Vienne mais également pour le Tsar, la question polonaise reprend force. Le peuple polonais se retrouve à être mobilisé, suivant sa localisation, soit dans l’armée russe, ou allemande ou austro-hongroise. Berlin comme Vienne et Saint-Pétersbourg se doivent de convaincre leur population polonaise à servir avec discipline et loyauté. Pour cela chaque gouvernement propose de timides mesures d’émancipation, progressivement mises en place, et quelques propositions sont faites faisant miroiter les possibilités à venir d’une future entité polonaise. Mais il faut attendre 1917 et l’abdication du Tsar pour que les Alliés commencent à s’opposer aux manœuvres de Berlin et de Vienne qui viennent de mettre en place un simulacre de régence polonaise. Paris et Londres décident alors de défendre et soutenir le rétablissement d’une Pologne véritablement indépendante. Pour cela les Alliés reconnaissent le comité national polonais, dit de Varsovie, comme représentant officiel et celui ci se replie et se fixe à Paris. Il est reconnu comme le Gouvernement Provisoire Polonais en exil. Le 5 juin 1917, un décret présidentiel signé par le Président Raymond Poincaré formalise la création d’une armée de volontaires polonais équipée, entretenue et instruite par la France, avec ses drapeaux, ses insignes, ses uniformes et ses chefs. En septembre 1918, cette armée est reconnue comme alliée et le 4 octobre, le Conseil National de Paris nomme le général Jozef Haller commandant de cette armée bleue. Haller étant un commandant d’unités polonaises de l’armée austro-hongroise, passé dans le camp des Alliés avec une grande partie de ses troupes. Pendant ce temps, en Autriche, l’armée, minée par ses minorités, commence à se déliter et le 8 novembre 1918, peut-être pour contrarier l’avancée des armées bolcheviques, les Allemands libère un autre officier supérieur polonais de l’armée autrichienne mais farouchement anti-russe, Jozef Pilsudsky.


Celui-ci, éphémère ministre de la Défense de la peu crédible Régence du royaume de Pologne, celle créée en 1917 sur les territoires de la Pologne russe occupée, était emprisonné depuis juillet 1917. Très respecté de ses hommes, il avait provoqué la crise des serments en exhortant les soldats polonais à ne plus prêter allégeance à la Double-Monarchie. Cette grave et dangereuse rébellion nationaliste avait amené la dissolution des troupes polonaises et imposé leur intégration dans des unités austro-hongroise. Des mesures qui avaient provoqués de très nombreux refus d’incorporation ainsi qu’une multiplication des désertions, mais également accru le prestige de Pilsudsky. Beaucoup de ses compatriotes commençaient voir en lui l’homme le plus déterminé à rétablir une Pologne indépendante. Sitôt libéré, un train spécial emmène Pilsudski à Varsovie et le 11 novembre, le Conseil de Régence le nomme commandant en chef des armées et le charge de former un gouvernement. Le 22 novembre il est officiellement désigné comme chef de l’état provisoire. Durant cinq mois le Comité de Paris tenterde s’opposer à celui de Varsovie avant de s’incliner.Ainsi, dès le 11 novembre les peuples Tchèque, Slovaque et polonais, ont forcé le destin pour retrouver la liberté.


La paix entre les mains de quatre hommes


Mais en ce 11 novembre 1918, malgré l’immense clameur de joie et de soulagement qui s’enfle depuis la ligne de front jusqu’au plus lointain village, cette guerre, devenue industrielle et totale, qui laisse derrière elle des destructions et des pertes humaines terrifiantes, qui vient de brutaliser profondément et pour longtemps les peuples et s'ancrera durablement dans la mémoire des Nations doit, maintenant que l’armistice avec l’Allemagne est signé, solder les comptes mais surtout, organiser la paix. Cela s’impose comme une impérieuse nécessité.Pour cela, les militaires doivent progressivement céder la place aux politiques qui œuvreront pour animer une grande conférence pour la paix et s’atteleront à la reconstruction d’une nouvelle Europe. En attendant ce nouveau monde pacifié et les traités qui  le sanctuariseront, il faut sortir de la guerre.


La conférence pour la Paix s’ouvre à Paris le 18 janvier, et trente-deux nations qui avaient rejoint le camp des Alliés attendent des quatre grands, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Italie, des réponses et des engagements conformes aux vœux exprimés tout autant qu’aux promesses. Paris devient la capitale de la Paix. Mais une capitale ou les vaincus ne sont pas conviés.En fait, quatre hommes ont décidé de l’avenir du monde.Tout d’abord le Président des États-Unis, Woodrow Wilson venu spécialement en France, et qui y reste cinq mois. C’est un idéaliste qui au-delà de la paix à bâtir rêve d’un ordre mondial confié à une Société des Nations.Le Premier ministre britannique David Lloyd George, habile mais influençable, partisan d’un équilibre européen, souhaite que l’Allemagne retrouve sa place industrielle commerciale et économique dans l’Europe à venir, tout en voulant farouchement préserver l’hégémonie maritime de la Grande-Bretagne.Le président du Conseil italien, Vittorio Orlando, vite dépassé par les événements mais qui, avant tout, attend la concrétisation des annexions promises pour son entrée en guerre en 1915 dans le camp des Alliés… Toutes les annexions.Et enfin le président de la Conférence, Georges Clemenceau, auréolé de sa stature de « père la Victoire » habile, rusé avec certains, indifférents avec d’autres, parfois brutal. Il ne songe qu’à la future sécurité du territoire national et, soutenu par l’opinion populaire, il attend de l’Allemagne les justes réparations qu’elle devra payer.Ainsi, immédiatement il apparaît que les intérêts des pays vainqueurs sont largement contradictoires.Il y a d’un côté les « Quatre » qui refont le monde, partagent et punissent tandis que les autres puissances doivent se contenter le plus souvent des séances plénières pour négocier tenacement, frontières, réparations, partages, face aux nombreuses, influentes et zélées commissions d’experts.Une phrase de Winston Churchill résume la situation : «  La guerre des géants est terminé, les querelles de pygmées commencent ».Par contre, et très rapidement, Wilson convainc ses homologues qui approuvent le 14 février 1919 la création d’une institution internationale chargée d’arbitrer les conflits. Installée à Genève, elle se devra de garantir un nouvel ordre politique mondial, les membres s’engageront à se secourir mutuellement en cas de conflit et à reconnaître l’arbitrage de la Cour internationale de la Haye. C’est la future Société des Nations.Concernant les réparations pour la France, une commission spéciale est mise en place, elle se donne deux ans pour déterminer avec précision les sommes à exiger. En attendant le montant définitif, l’Allemagne doit déjà verser déjà 20 milliards de marks-or dans les deux ans à venir.Compromis, reculades, refus, protestations, ou rectifications, le 29 avril les Alliés remettent à une délégation allemande très inquiète, les conditions de paix. Le gouvernement allemand dispose de deux semaines pour en prendre connaissance, faire part de ses observations et rendre sa décision. Et il est précisé qu’en cas de refus, les hostilités reprendront.En Allemagne c’est la consternation.L’article 231 qui reconnaît l’Allemagne et ses Alliés comme responsables indigne la toute jeune république de Weimar qui se retrouve être désignée comme coupable, et surtout comptable des actions, faits et méfaits du régime impérial, un régime qu’elle a renversé six mois auparavant.


Des contre-propositions sont faites, et si quelques minimes modifications sont consenties, le conseil des Quatre reste ferme sur les fondamentaux et le 16 juin le traité est de nouveau présenté à l’Allemagne qui à cinq jours pour l’accepter.Par 237 voix contre 138 l’Allemagne signe sous la contrainte une paix qu’elle juge déshonorante mais refuse de reconnaître sa responsabilité exclusive.Le 28 juin 1919, dans la galerie des glaces du château de Versailles, à l’endroit même ou avait été proclamé en janvier 1871 l’Empire allemand, suite à la défaite française de 1870, cinq années jour pour jour après l’attentat de Sarajevo, une petite délégation allemande signe, sous la contrainte, le traité dit de Versailles. Mais qui peut imaginer, en ce jour d’apothéose, les pernicieuses faiblesses, les rancœurs et rancunes mais aussi certaines espérances que ce traité porte en lui, ainsi que les bouleversements qu’il engendrera ?Pour la jeune république allemande il faut accepter de nombreuses vexations en voici quelques exemples : le retour tardif des prisonniers, l’impossibilité de gérer la mise en place de ses nécropoles sur le sol français, le lourd dossier des réparations, l’occupation par les Alliés de la rive droite du Rhin, la limitation de son armée à 100 000 hommes, une marine réduite, le partage de ses colonies entre les alliés et particulièrement la France, la Grande-Bretagne et le Japon sans omettre des corrections de frontières, particulièrement au profit de la Pologne, de la France avec le retour de l’Alsace et de la Lorraine, et un peu de la Belgique (80 000 habitants et 854 km²).Ce traité de Versailles est ratifié par 44 états dont trente et un ayant participé militairement à la guerre dans le camp des Alliés.Cependant, malgré les efforts de Wilson, en mars 1920, le sénat américain, à majorité républicaine désapprouve le texte. Par tradition isolationniste, les sénateurs contestent l’article 10 du pacte de la Société des Nations, celui qui fait obligation de protéger l’indépendance et l’intégrité territoriales des membres. Ainsi, les États-Unis en renonçant à garantir les différentes clauses du traité se retire de la Société des Nations, ils n’y reviendront jamais.Pour Wilson, il est impensable de revenir sur un texte aussi difficilement négocié. Alors, plutôt que de laisser passer des amendements qui seraient rejetés par les autres États, il encourage quelques-uns de ses partisans à rejeter le texte. Il espère qu'à l'issue des élections présidentielles suivantes, son successeur, s'il est démocrate, pourra le faire enfin ratifier avec le soutien de l'opinion publique, favorable sans équivoque à la SDN.


Le triste destin de l'Arménie


D’autres traités suivent. Le 10 septembre 1919, celui de Saint-Germain entre les Alliés et l’Autriche. Il formalise la dislocation de la monarchie austro-hongroise remplacée par sept états en suivant  – en partie – l’idée du président américain Wilson du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ainsi la petite Serbie s’étend et devient le royaume des Serbes, Croates et Slovènes.


Le 27 novembre 1919 le traité de Neuilly est signé entre les Alliés et la Bulgarie, celle-ci doit abandonner des terres au profit de ses voisins grecs serbes er roumains et payer de lourdes indemnités de guerre.Le 4 juin 1920 le traité de Trianon officialise la dislocation du royaume de Hongrie, il délimite les nouvelles frontières avec la Roumanie, le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, et la Tchécoslovaquie. De ce fait, trois millions de Hongrois deviennent marginaux en terres étrangères.


Le 10 août 1920 c’est le traité de Sèvres qui se doit d’officialiser le difficile partage du territoire ottoman en zone d’influence tout d’abord au profit des Anglais et des Français, mais également de la création d’une nation arabe, d’un territoire pour les minorités kurdes, et de légitimer la république arménienne qui obtenait un large territoire soustrait sur l’est de la Turquie actuelle. Mais l’histoire balbutie. Un général turc, Mustapha Kemal Pacha, le futur Atatürk, refuse le démembrement de l’Empire, se révolte contre le gouvernement du sultan et reprend les armes contre les Arméniens puis les Grecs. Son rapprochement avec les bolcheviques scelle pour longtemps le futur destin de la république d’Arménie. Envahie par l’armée Rouge et abandonné militairement par les Alliés qui doivent céder face aux armées de Mustapha Kemal, Erevan doit rapidement renoncer aux frontières accordées par le traité de Sèvres. Accablée une seconde fois après le génocide perpétré de 1915 à 1916, l’Arménie doit accepter de grands déplacements de populations et connaît une forte immigration de son peuple. Disloquée, elle se retrouve en 1921 devenir une petite république de l’Union soviétique… Et cela durera jusqu’en 1991.Enfin, le 24 juillet 1923 est signé à Lausanne le dernier traité consécutif à la Grande Guerre. Suite à la rébellion de Mustapha Kemal, et donc à l’application que partielle du traité de Sèvres, il précise surtout les nouvelles frontières de la Turquie et de la Grèce, Cela provoque d’importants déplacements, forcés ou provoqués, des populations concernées.


Reste que pendant les cinq années où certains croyaient refaire un nouveau monde, et beaucoup ne penser qu’à la paix, les affrontements guerriers n’ont pas cessé.Entre 1917 et 1923, l’Europe a connue vingt-sept conflits nouveaux conflits. De Vladivostok à Arkhangelsk, de la mer Noire à la Mésopotamie, de l’Irlande à l’Ukraine, ils feront plus de victimes que l’ensemble des pertes françaises, britanniques et américaines de la Grande Guerre.Le passage de la guerre à la paix, pour un monde nouveau, a donc été violent et sanglant et ce lendemain de guerre qui venait de voir disparaître quatre empires et naître onze nouvelles nations n’a pas réglé, par exemple, ni même abordé les véritables attentes indépendantistes des pays africains et asiatiques colonisés tant par la France que la Grande-Bretagne, sans oublier la Belgique, le Portugal, l’Italie, l’Espagne, Les Pays-Bas et plus tardivement l’Allemagne.Quant au Japon, qui a déclaré la guerre à l’Allemagne en 1914, il n’avait comme objectif que d’étendre sa mainmise politique et économique sur la Chine puis récupérer les nombreuses possessions allemandes du pacifique, et tout d’abord l’important comptoir chinois de Kiautschèou que Guillaume II souhaitait ériger en une sorte de Hong-Kong allemand. Après la reddition de la garnison allemande de Tsintao le 7 novembre 1914, le Japon va immédiatement se faire reconnaiîre des droits et des intérêts sur le territoire chinois.En 1919, malgré la présence de la Chine à la conférence de la Paix, par le traité de Versailles, le japon reçoit mandat d’occuper « officiellement » toutes les possessions allemandes en Asie, à savoir le nord de la Nouvelle-Guinée, les iles Samoa, Marshall, Nauru, une partie des iles Salomon et des iles Mariannes, ainsi que les iles carolines et Palaos. Des territoires et des îles qui seront à partir de 1942 le sanglant enjeu de la guerre du Pacifique.Ainsi, reste que c’est bien le traité de Versailles qui a dominé cette partie de l’histoire, même si les autres traités auront aussi une part de responsabilités dans les turbulences des années qui suivront… jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.Pour ne prendre qu’un exemple, suite aux corrections de frontières apportés par le traité de Versailles au détriment de l’Allemagne mais au profit de la Pologne, le petit corridor dit de Dantzig, celui qui séparait physiquement la Prusse-Orientale du reste de l’Allemagne, mais qui permettait à Varsovie d’avoir un débouché sur la mer Baltique, sera un des déclencheurs de la Deuxième guerre mondiale.Dans cet immédiat après guerre, la grande majorité des anciens combattants se rassurait en pensant que ce qu’ils avaient souffert c’était pour que plus jamais une catastrophe semblable ne survienne à nouveau. Ils pensaient avoir beaucoup sacrifié pour que cela soit la «der des Der».Mais l’histoire a voulu qu’il en soit autrement, et aujourd’hui encore, nous sommes encore confrontés à des foyers mal éteints de la Grande Guerre. Chaque jour nous entendons parler de la Palestine, de l’Ukraine, des Balkans, du Liban, de l’Irak, ou de la Syrie pour ne citer que les plus brûlants. Ainsi va l’humanité.

 

 

 

 

 
 
 

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