Verdun
- Rose Hareux
- Jul 10, 2024
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Au printemps 1917, la situation des Alliés n’incite pas à l’optimisme. L’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames (avril-mai) s’est soldée par un cuisant échec, le front russe – bien qu’il tienne encore – procure de sérieux signes d’inquiétude et la guerre sous-marine à outrance déclenchée par les Allemands causes des ravages.
Le 15 mai 1917, le général Nivelle, démis de ses fonctions, est remplacé par le général Pétain à la tête de l’armée française. Le nouveau commandant en chef est confronté à de multiples problèmes comme la crise des mutineries, l’évolution défavorable du rapport de forces et il veut redonner confiance à ses soldats en leur rendant l’habitude de la victoire.
Les desseins de Pétain
Dans sa directive n°1, datée du 19 mai 1917, Pétain décide d’en finir avec la recherche de la percée ou de la rupture telle qu’elle a été répétée depuis 1915. Il indique donc aux commandants des groupes d’armées qu’ils auront désormais mais provisoirement à préparer des attaques à objectifs limités dont le but serait d’user les réserves ennemies.
Et Pétain de justifier sa doctrine en ces termes : « Dans la guerre actuelle, la puissance meurtrière du feu ne permet pas les expériences […]. Il faut renoncer à toute tentative de percée, ne pas lancer de grandes attaques en profondeur. Si l’on doit attaquer ce sera d’une façon ponctuelle en s’assurant à l’endroit choisi d’une incontestable supériorité. » Ces attaques souhaitées par le général en chef doivent être conçues de façon que le terrain gagné ne constitue aucunement une poche sur le flanc de laquelle les Allemands pourraient lancer une contre-offensive. Dans l’exécution, il faudra certes rechercher la surprise mais surtout disposer de moyens matériels de manière à appuyer efficacement l’infanterie. Il sera nécessaire que cette dernière soit instruite dans l’emploi des nouveaux engins et l’entraîner de nouveau à la manœuvre. Cette instruction des troupes, prévue dans la Directive n°1, est confirmée dans la Directive n°2 publiée le 20 juin 1917. Le commandant en chef y définit plusieurs exigences opérationnelles : d’abord l’utilisation de la surprise pour marquer d’entrée des points décisifs contre l’ennemi et profiter d’un avantage pour endiguer sa réplique. D’autre part, il souhaite voire exige une coordination des initiatives et des moyens, appelant de ses vœux une coopération et une coordination exemplaires entre l’artillerie et l’infanterie pour avoir une force de frappe cohérente.
Au début de juillet, la Directive n°3, envoyée aux commandants de groupes d’armées, prescrit l’échelonnement des forces en profondeur : moins d’hommes sur les positions avancées, plus d’hommes à l’instruction et au repos. Il s’agit là de lutter contre la tendance qui existe depuis le début du conflit de combattre sur les avants. En effet, le commandement français, tel le commandement allemand six mois plus tôt, considère désormais les tranchées comme des avant-postes, le gros des troupes étant retiré sur des positions en arrière d’où partiront les contre-attaques. Un échelonnement qui a pour but de constituer des réserves générales aussi fortes que possibles.
Les offensives limitées
Il était impératif d’ajourner ces projets de rupture en grand et d’une éventuelle exploitation stratégique, causes de nombreuses pertes humaines mais également d’une usure psychologique et morale des combattants. Il était plus que nécessaire de redonner confiance aux soldats et à leur commandement suite à la crise des mutineries. Que pouvait donc faire le commandement français ? Il lui fallait, en attendant des circonstances plus favorables, travailler à rompre l’équilibre tout en usant l’ennemi tandis qui lui-même subirait un minimum de pertes. Plus de grosses opérations comme les offensives de l’Artois, celles de Champagne (1915), ni d’objectifs éloignés. Il faut – par des surprises méticuleusement préparées – conquérir à coup sûr et au prix de pertes minimales des objectifs dits limités. Puisque l’on doit s’en tenir à une conquête de terrain, il est plus que nécessaire de choisir le point où celui-ci est le plus précieux. Deux lieux sont alors désignés pour une attaque conduite uniquement par l’armée française : devant Verdun, où il y a plus qu’intérêt à dégager nos positions de la rive gauche, et à l’ouest du Chemin des Dames.
La situation à Verdun
La victoire française du 15 décembre 1916 avait permis la progression de l’armée française sur la rive droite de la Meuse en dégageant entièrement Douaumont et en lui offrant les points d’appui de la côte du Poivre, des Chambrettes et du massif d’Hardaumont. Néanmoins, l’ennemi restait en possession de quelques observatoires : la côte du Talou et la cote 304 qui lui procurait une surveillance sur nos arrières. De plus, restaient entre ses mains des positions menaçantes sur la rive gauche comme le Mort-Homme et la cote 304. A priori, il semblait que l’état-major allemand avait accepté sa défaite de Verdun. Pendant six mois, la région était, de part et d’autre, relativement calme. Avant une autre tempête ? Côté français, le commandement pensait qu’une offensive était nécessaire pour améliorer une position jugée précaire sur la rive gauche puisque les lignes accrochées aux pentes du Mort-Homme et de la cote 304 se trouvaient dominées par les Allemands. Il était en quelque sorte urgent de se donner de l’air de ce côté. C’est sur cette rive gauche que l’ennemi, en connaissance de cause, tente, après l’accalmie de printemps, de rengager la bataille de Verdun.
Le 1er juin 1917, après un court mais violent bombardement, l’ennemi se lance à l’assaut des positions françaises à contre-pente de la cote 304 et pénètre en deux points de notre première ligne sans parvenir à y demeurer. Suite à cette tentative, il procède alors à des coups de main sur le front du Mort-Homme et de Cumières. Si cette première offensive n’obtient pas le succès qu’ils escomptaient, les Allemands ne baissent pour autant pas les bras et le 29 juin ils procèdent à une nouvelle attaque, cette fois plus importante, sur les positions de la cote 304 et sur le saillant sud du bois d’Avocourt, contraignant les Français à une évacuation. Au cours de la soirée, l’adversaire poursuit son effort à l’ouest du Mort-Homme. Les contre-attaques françaises ne parviennent à reprendre qu’une partie du territoire perdu. Les 2 et 4 juillet, les Allemands poursuivent leur offensive au sud-ouest de la cote 304.Le 2 juillet, le lieutenant-colonel Rozier prend le commandement d’un régiment de marche – constitué du 4e bataillon du 346e R.I. et du 4e bataillon du 335e R.I. – avec pour mission de prendre le saillant Gauthier, situé à la corne sud-est du bois d’Avocourt, qui constitue un des points d’appui ouest des défenses de la cote 304. Le 17 juillet, vers 3 heures, après une marche rendue difficile par les bombardements ennemis, les emplacements de départ sont occupés. Les tirs de préparation de l’artillerie française durent depuis plusieurs jours. Ils sont intenses et offrent aux assaillants une confiance redoutable. À l’heure H, ceux-ci s’élancent avec ardeur. La résistance offerte par l’ennemi est assez faible. En peu de temps la force allemande est brisée, les tranchées sont nivelées et les abris détruits. Les Français font environ 260 prisonniers dont 4 officiers. Mais les Allemands ne s’avouent pas vaincus et, vers 9 heures du matin, ils entreprennent de violemment bombarder le terrain conquis avec des obus de tous calibres. Un pilonnage qui dure jusqu’au lendemain, 20 juillet. Nos troupes, qui devaient être relevées dans les vingt-quatre heures si l’attaque avait été couronnée de succès – et elle a réussi, les objectifs assignés ayant été même dépassés ! – vont devoir s’accrocher bec et ongles au terrain conquis, sans même un abri, sous un bombardement soutenu et incessant, en regardant mourir les camarades. En dépit de ces conditions dantesques, les Français puisent au plus profond d’eux-mêmes pour repousser le 17 au soir, avec l’aide d’un barrage d’artillerie, une contre-attaque ennemie dont deux bataillons sont réduits à néant. Mais le 1er août, les Allemands persévèrent et réussissent à reprendre le terrain perdu au cours de l’opération française du 17 juillet.
Les forces en présence en août 1917
Cette situation et cette fluctuation ne peuvent durer indéfiniment. Le commandement français décide d’y mettre fin par le biais d’une offensive limitée voulue par Pétain. L’objectif est d’asseoir solidement les positions françaises au nord de Verdun, de part et d’autre de la Meuse. L’offensive a alors pour but de s’emparer des observatoires tenus par les Allemands, le contraignant à éloigner son artillerie, ce qui permettra de mettre à l’abri des canons de moyens calibres ennemis le nœud de communication important constitué par les voies ferrées et les routes qui convergent vers la ville. Cependant, l’ennemi sentant venir une attaque multiplie les coups de main dans les lignes françaises afin de faire des prisonniers et obtenir des renseignements. De leurs observatoires même lointains, les Allemands peuvent suivre les préparatifs français et se préparer à une offensive d’envergure. Fin juillet, nos services de renseignements observent qu’ils ont accru la densité de leurs troupes, que leurs réserves sont à pied d’œuvre et que leur artillerie a été renforcée. Ainsi, avant que les Français ne débutent une redoutable préparation d’artillerie, prélude à une opération d’infanterie, les Allemands comptent, sur la rive gauche, quatre divisions situées entre Avocourt et la Meuse, et sur la rive droite cinq divisions entre Avocourt et Étain. Ils possèdent cinq divisions en réserve et leur artillerie a été renforcée, passant de 150 pièces à 400.Leurs organisations défensives sont redoutables. Ainsi, en arrière de la cote 304, dans la plaine descendante vers le ruisseau de Forges, ils disposent de points d’appui constitués par d’anciens ouvrages de la défense avancée de Verdun : les ouvrages de Peyrou, de Palavas, de Lorrain. À l’est du ravin de la Hayette, derrière le Mort-Homme, deux tunnels ont été construits : l’un reliant le ravin de Cumont à la tranchée de Silésie, le tunnel du Kronprinz ; l’autre entre la tranchée de Silésie et celle de Fay avec 17 ouvertures, le tunnel de Bismarck. En outre, vers le bois des Corbeaux se trouve le tunnel de Gallwitz du nom du commandant de la 5e armée allemande.
Sur la rive droite de la Meuse, la côte du Talou et la cote 304 sont défendues par des lignes de tranchées renforcées, un dense réseau de barbelés et des ouvrages fermés. Quant aux villages de Beaumont et de Samogneux, ils constituent de véritables redoutes…Côté français, pour l’exécution de cette offensive, le commandement a choisi des troupes déjà aguerries aux différents secteurs de Verdun et s’y étant illustrées. Il s’agit des 13e Corps d’Armée (général Linder), du 16e C.A. (général Corsivsart), du 15e C.A. (général de Fonclare) et du 32e C.A. (général Passaga) réunis sous la direction du général Guillaumat, commandant la 2e armée.
L’attaque doit se dérouler de part et d’autre de la Meuse, sur une vingtaine de kilomètres depuis le bois d’Avocourt à gauche jusqu’à Bezonvaux à droite avec deux corps d’armée sur la rive gauche – le 13e C.A. et le 16e C.A. – et deux sur la rive droite – le 15e C.A. et le 32e C.A.
La préparation de l’offensive
Débutée dans les secteurs de repos des divisions, la préparation des troupes a un double objectif :
– Étudier le rôle de chaque fraction au cours de véritables répétitions sur un terrain aménagé. L’infanterie a été entraînée à marcher à une allure déterminée derrière des barrages d’artillerie figurés par des fanions ;
– Élever le moral des troupes par un contact permanent entre les officiers et les soldats. Les chefs devaient donner une pleine confiance dans l’action de leur artillerie et dans l’aide de l’aviation. En ce qui concerne les travaux d’aménagement et d’organisation, tout a été fait pour que l’attaque se déroule dans les meilleures conditions. Les sapeurs, aidés par des bataillons de territoriaux, ont créé de nouvelles routes ou élargi à six mètres les voies existantes pour l’acheminement des munitions et du matériel. Le service du Génie a procédé à l’installation de couchettes dans de nombreux abris. Sur le front d’attaque ont été aménagés trois systèmes de parallèles correspondant à trois bataillons disposés en profondeur, tracées de façon à se trouver à une distance des lignes ennemies supérieure à 300 m et inférieure à 400 m. Ces distances ne devaient rien au hasard : elles avaient été déterminées après une étude comme les plus favorables pour le départ des vagues d’assaut et les plus sûres pour les occupants des premières lignes au cours de la préparation d’artillerie.
Et l’artillerie entre en action…
Sitôt armées, les batteries françaises entrent en action le 11 août par un travail de contre-batterie et de destruction le 13 août. Une préparation d’artillerie exécutée par 2 500 pièces, nuit et jour afin de couper les communications, empêcher les relèves et les ravitaillements mais également pour compliquer l’exercice du commandement ennemi. Un travail de l’artillerie complété, pour la première fois, par des tirs de mitrailleuses. Malheureusement, lors des journées du 11 au 16 août, les conditions météorologiques défavorables rendent impossibles l’observation aérienne, empêchant ainsi le commandement français de vérifier le travail de l’artillerie. En raison de la persistance du mauvais temps, décision est prise de reporter l’attaque initialement prévue le 17 août trois jours plus tard, le 20. L’aviation peut enfin jouer son rôle et l’artillerie en profiter pour reprendre avec encore plus d’intensité son action. Les résultats obtenus sont minutieusement reportés sur une carte journalière.
Même si Pétain recherche l’effet de surprise pour ses offensives limitées, il faut admettre que de tels préparatifs pour une attaque d’envergure ne peuvent passer inaperçus aux yeux de l’ennemi. Pour parvenir à ce but, des dispositions ont été prises. À deux reprises, les 17 et 19 août, avant l’assaut donné par l’infanterie, il a été décidé que l’artillerie se mettrait en action dans les conditions prévues pour l’heure H par le plan d’engagement : barrage roulant, allongement, etc. Une mesure qui permet de se rendre compte par avance des effets d’ensemble de l’artillerie mais qui doit également complètement dérouter les Allemands. Lors de la nuit du 19 au 20 août, les contre-batteries françaises prennent sous leur feu les batteries ennemies, les écrasant, les aveuglant, déversant sur elles une masse énorme d’obus. Au même moment, toute l’artillerie de tranchée, les pièces courtes et les canons de campagne achèvent leurs actions de destruction tout en isolant de l’arrière, par des tirs intenses, la zone des objectifs ennemis. Au cours de la nuit du 19 au 20 août, les troupes d’attaque françaises gagnent leurs tranchées de départ sous un bombardement violent d’obus toxiques déclenchés par les Allemands.
Le déclenchement de l’attaque
Le 20 août, à 4 h 40, les vagues d’assaut françaises s’élancent, précédées par un barrage roulant à obus explosifs. En avant, un barrage demi-fixe de 75 maintient chaque ligne de défense ennemie sous le feu jusqu’à ce que le barrage mobile l’ait rejoint. Allure et progression de l’infanterie, déplacement des barrage d’artillerie : tout est réglé entre les deux armes dans l’espace et le temps.
À l’aile gauche de l’attaque, le 13e C.A. doit s’emparer de la tranchée des Pins, des ouvrages de Vassincourt et du Peyrou, du bois en Équerre, de l’ouvrage Souvin et du Crchet. À gauche, la 25e D.I. progresse rapidement à travers le terrain chaotique d’Avocourt et, rapidement, les messages annoncent que les assaillants ont débordé, enlevé et dépassé les premières tranchées allemandes et parviennent sur leurs objectifs. Les régiments engagés (16e, 98e, 105e R.I.) signalent avoir fait de nombreux prisonniers. Les mitrailleuses allemandes capturées sont immédiatement retournées contre l’ennemi. L’objectif final atteint, des reconnaissances sont menées sur la Grande Parallèle et l’ouvrage Martin. Cependant, le nettoyage des abris des cavernes et du ravin des Aunes ne peut avoir lieu, la compagnie qui en est en charge ayant perdu la moitié de son effectif… Reste que les Allemands, avec leurs mitrailleuses, ont opposé en de nombreux points une vaillante résistance et exécuté plusieurs contre-attaques. Les deux premières ont lieu vers 7 heures du matin, à quinze minutes d’intervalle, sur la gauche du 16e R.I. dans la région nord de la Marmitte de la Sorcière, mais sont repoussées. Au cours de l’après-midi, une nouvelle contre-attaque allemande sur le même point est lancée mais repoussée. L’ennemi s’entête et en déclenche une nouvelle, obligeant cette fois les soldats français au repli. Mais le terrain perdu est toutefois reconquis dans la soirée.Le soir, la 25e D.I. a non seulement repoussé tous les assauts allemands mais a également légèrement progressé sur la droite de l’ouvrage Martin.À l’aile droite de l’attaque, dès 6 heures, la 26e D.I. avec le 303e R.I. occupe le Crochet, l’ouvrage Triangulaire et la tranchée de l’Abeille. De son côté, le 121e R.I. parvient, à 7 heures, à la tranchée Dorothée mais, pris sous un tir de barrage et sous un feu nourri de mitrailleuses venant de la cote 304, subit une violente contre-attaque. Très éprouvé avec une majorité de ses chefs hors de combat, le régiment se replie sur la tranchée Delhomme. Ce même 121e tente de reprendre sa marche en avant mais est, à nouveau, arrêté par le feu de l’artillerie et des mitrailleuses ennemies.Pendant ce temps, le 92e R.I. réussit à prendre l’ouvrage de Vassincourt et le boyau Elsa où il parvient à rester en dépit d’une part d’un violent bombardement et de l’autre d’une contre-attaque allemande.Vers 15 heures, la 26e D.I. tient le Crochet, le Peigne, la tranchée Kœring, le boyau Elsa, l’ouvrage de Vassincourt et le boyau des Érables, rejetant deux contre-attaques ennemies. Seul bémol : l’échec subi par le 121e R.I. qui empêche la prise de la cote 304 ce 20 août.Globalement, après une première journée d’âpres combats, le bilan est positif : le 13e C.A. a sérieusement progressé, faisant 1 200 prisonniers, s’emparant d’une cinquantaine de mitrailleuses mais voit surtout la possibilité de prendre la cote 304 dans de bonnes conditions.
À la droite du 13e C.A., également sur la rive gauche, opère le 16e C.A. qui comprend la 31e D.I. et la Division marocaine. Attaquant sur un front de 4 km, il reçoit l’ordre de s’emparer du Mort-Homme, de la tranchée Hambourg, du Plat de Cumont, des lisières nord des bois de Corbeaux et de Cumières, des organisations de la côte de l’Oie, la cote 265 et Regniéville.À l’heure H, 4 h 40, les 81e, 96e et 122e R.I. à gauche et les unités de zouaves, tirailleurs et légionnaires à droite partent à la conquête des objectifs assignés. Le succès dépasse rapidement les prévisions les plus optimistes, l’artillerie ennemie ayant déclenché son tir de barrage trop tardivement…
Dans le secteur d’attaque de la 31e D.I., les messages informent à 5 h 30 : « Premier objectif atteint. » La progression s’avère facile à droite et au centre mais plus difficile à gauche en raison de la présence de nids de mitrailleuses ennemies.À 6 heures, trois canons de montagne de 80 cm tombés entre les mains des Français sont hissés au sommet du Mort-Homme. Les pièces sont mises en batterie et entrent en action sur les positions allemandes. Cependant, l’ennemi, par le biais de son aviation, reste actif et contrarie les plans français en s’opposant à la transmission en temps voulu de l’heure de départ du deuxième objectif qui, repoussé d’une demi-heure, s’effectuera avec difficulté. Ainsi, à l’est, le 81e R.I., en charge de prendre le Plat de Cumont, doit être aidé par un groupe d’appui de la division. À l’ouest, le long du boyau de la Hayette, le 122e R.I. livre de violents combats et progresse difficilement en raison des tirs de mitrailleuses qui, des pentes de la cote 304, le prennent en enfilade, lui infligeant de sérieuses pertes. Au centre, le 96e R.I., après avoir repoussé une compagnie de mitrailleuses, se rend maître des issues du tunnel du Kronprinz.
Dans le secteur d’attaque de la Division marocaine, si le premier objectif, à savoir la tranchée d’Ulm, est atteint en moins d’une heure, la conquête du deuxième objectif s’avère plus ardue. Le tunnel de Gallwitz, dont les issues tombent entre les mains françaises, oppose une farouche résistance. Il faudra vingt-quatre heures de combat à la grenade et à la mitrailleuse pour venir à bout de l’opiniâtreté du 24e R.I. allemand.Le plan d’engagement du 16e C.A. prévoyait une deuxième opération avec pour objectif la prise de la côte de l’Oie, la cote 265 et Regniéville. Le succès de la première phase conduit donc le commandement à envisager immédiatement l’action. En effet, un bataillon de la Légion, dépassant les limités assignées, avait conquis dans la matinée la cote 174 et le boyau des Forges ouvrant ainsi la voie vers la cote 265. À 17 heures, l’artillerie entre en action, préparant le mouvement. Accompagnée par un barrage, la Légion progresse le long des pentes sud et prend ma cote 265 jusqu’au bois de l’Oison.
Sur la rive droite de la Meuse, la 126e s’appuyant sur la Meuse et formant l’aile gauche du 15e C.A. attaque en direction du nord-ouest. Son but est tout d’abord de prendre la côte de Talou puis le village de Samogneux et les organisations de l’est. L’opération se déroule parfaitement et la progression s’effectue « mieux qu’à la manœuvre » selon un chef de corps. Le 103e R.I. enlève le Talou et organise aussitôt sa position. Les premiers objectifs atteints, la prise de Samogneux est aussitôt envisagée. Mais en raison de la présence de nids de mitrailleuses à la lisière du village et dans la tranchée d’Augsbourg, l’attaque est reportée au 21 août.
De son côté, la 123e D.I. doit s’emparer des organisations protégeant les cotes 326 et 344. Si, à droite, les tranchées de Jutland et de Trèves sont rapidement enlevées par les 6e et 12e R.I. et sous contrôle en dépit de violentes contre-attaques ennemies, à gauche en revanche le 412e R.I. marchant vers la cote 244 subit d’importantes pertes devant le boyau de Karlsruhe. Pour leur part, les bataillons du 411e R.I. prennent la cote 344 et atteignent l’extrémité est de la tranchée de Trèves où ils effectuent la jonction avec le 32e C.A. L’ennemi ne reste pas sans réaction. Son infanterie contre-attaque vers le bois des Caures et la cote 344 mais est repoussée puis, vers 13 heures, il entreprend une nouvelle tentative, cette fois au nord de la tranchée de Trèves, sans succès.À l’aile droite du front d’attaque, les 42e (332e et 94e R.I.) et 165e D.I. (287e, 154e, 155e R.I. du 32e C.A.) atteignent avant midi tous leurs objectifs, même s’il reste aux mains des Allemands une partie de l’ouvrage de Nassau.Au cours de la soirée, une contre-attaque est repoussée par le 332e R.I. Mais d’autres ont lieu au cours de la nuit, à chaque fois sans succès.
La bataille se poursuit les jours suivants
Sur la rive gauche, le lendemain, le 13e C.A. organise ses positions et s’y maintient en dépit de violentes contre-attaques allemandes. Les lignes françaises se trouvent sous le feu de l’artillerie adverse qui les bombarde avec des obus toxiques. De son côté, le 16e C.A. prend le village de Regniéville.
Sur la rive droite, le 15e C.A. se lance à la conquête de Samogneux. Ralenti par des mitrailleuses, il parvient à ses fins, occupant le village ainsi que la tranchée d’Augsbourg. Face au 32e C.A., les Allemands tentent en vain plusieurs contre-attaques.Les 22 et 23 août, l’artillerie française poursuit ses tirs de destruction sur les organisations de la cote 304. La droite du 15e C.A., en liaison avec le 32e C.A., reprend l’offensive sur l’ouvrage de Nassau qui tombe en début de soirée. La journée du 24 août est marquée par la prise de la cote 304. Mais l’ennemi n’accepte pas sa défaite et poursuit le combat les jours suivants, cherchant à reprendre le terrain perdu. Pendant deux mois, il mène plusieurs contre-attaques dans la région de Caurières (3 septembre), dans le bois des Fosses et la crête de Caurières (9 septembre), aux Chambrettes (15 au 21 septembre), au bois des Fosses et à Beaumont (25 octobre-6 novembre). Cette volonté ardue des Allemands pour rétablir la situation sur la rive droite démontre l’importance des la victoire et des gains de l’armée française.
Bilan
Les résultats tactiques de cette bataille sont considérables. Sur la rive gauche, complètement dégagée, les premières lignes françaises sont désormais à l’abri de toute surprise. Sur la rive droite, la défense est fortement assise sur les deux massifs reconquis de Louvremont et d’Hardaumont. Du 20 août au 8 septembre, les Français ont fait 10 300 prisonniers allemands, pris à l’ennemi 30 canons et 250 mitrailleuses.
Cette opération conduite à Verdun est, avec celle de la Malmaison deux mois plus tard, un des symboles les plus achevés des attaques locales à objectifs limités. Reste que cette offensive a englouti quelque 120 000 tonnes de projectiles correspondant au tir de 4 millions d’obus couvrant de 6 tonnes d’acier chaque mètre du front soit un coût de 700 millions de francs de l’époque. Les détracteurs de Pétain avaient alors beau rôle de souligner qu’une telle stratégie mènerait à court terme à la ruine du pays…
Directive n°1 (extrait)
« L’équilibre des forces adverses en présence sur le front du Nord et du Nord-Est ne permet pas d’envisager pour le moment la rupture du front suivie de l’exploitation stratégique. C’est donc à user l’adversaire avec le minimum de pertes qu’il importe actuellement d’appliquer son effort. »
In Général Laure, Le Commandement en chef des armées françaises du 15 mai 1917 à l’armistice, Éd. Berger-Levrault, 1937, p.14.
Les desseins des Britanniques
Dans un rapport adressé à son ministère de tutelle, sir Douglas Haig écrit, après avoir narré l’offensive française du 5 mai 1917 sur le Chemin des Dames : « Je peux enfin tourner toute mon attention et consacrer la principale partie de mes ressources au développement de mon plan d’opérations dans le Nord. »L’idée d’une offensive dans le Nord, plus précisément en Flandres, était la grande idée de l’état-major britannique qui souhaitait dégager Ypres par le sud en enlevant les villages de Messines et de Wytschaete.
Les forces françaises
Sous le commandement du général Guillaumat (2e armée)
Rive gauche :13e Corps d’Armée25e D.I., 26e D.I.
16e Corps d’Armée31e D.I., Division marocaine
Rive droite :15e Corps d’Armée126e D.I., 123e D.I.
32e Corps d’Armée40e D.I., 42e D.I., 165e D.I.
L’artillerie du 16e Corps d’Armée
L’artillerie attribuée au 16e C.A. comprend :
– 48 canons de tranchées ;
– 248 pièces de 75 ;– 116 canons de 155 court ;
– 48 mortiers de 220 ;
– 54 canons longs de 95, 105 et 120 ;
– 84 canons longs de 155 ;
– 12 gros mortiers de 270 et 280.
Soit un total de 610 pièces pour un front d’attaque de 4 km ou 1 canon par 7 mètres de front.
En outre, 19 canons longs de calibres variant de 155 à 320, 2 mortiers de 370 et 2 obusiers de 400 sont prévus pour défoncer les tunnels du Mort-Homme.
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